February 05, 2019
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Dans moins de 4 mois, les Français voteront pour élire leurs députés européens. Un sondage OpinionWay/Tilder donne 20% d’intentions de vote à La République en marche, le Rassemblement national étant en tête avec 22% d’intentions de vote. Rencontre avec Jordan Bardella, 23 ans, qui mène cette liste RN.
Vous êtes un enfant de la Seine-Saint-Denis, de Saint-Denis précisément. Peut-on vraiment imaginer la vie dans le 9-3 si on n’y a pas grandi ?
— Non, on ne le peut pas. Avoir grandi en banlieue m’a fait prendre conscience très tôt d’un certain nombre de problématiques : la violence, le communautarisme… Grandir dans ces conditions forge une carapace. Je précise que j’habite toujours en Seine-Saint-Denis. Le fait d’y avoir grandi a conditionné mon engagement politique, m’a amené à avoir une conscience civique assez jeune et à 16 ans, j’ai pris ma carte au Front national. Le 93 est une bonne école d’engagement car c’est un « laboratoire » : s’y rassemblent tous les problèmes et donc tous les défis auxquels la société française sera confrontée dans les prochaines années. Or nos compatriotes quittent ces territoires parce qu’ils ont le sentiment d’être étrangers sur leur propre sol.
ous avez déclaré appartenir à une génération « qui peut mourir pour une cigarette, pour un mauvais regard ». Des propos qui parlent aux gens de votre génération, justement ?
— Dire aujourd’hui qu’on peut mourir ou être agressé pour un regard de travers ou avoir refusé une cigarette ou de donner l’heure, cela parle à tous les jeunes Français. Marin à Lyon, Adrien Perez à Grenoble… Les Français de 15 à 30 ans connaissent le sentiment d’insécurité, à savoir hésiter à sortir de chez soi ou s’assurer qu’on n’est pas menacé en sortant du RER B à La Courneuve, ils connaissent l’insécurité concrète elle-même : les menaces, les agressions. Ma génération a grandi dans l’insécurité, que les générations plus âgées connaissent elles aussi d’ailleurs. En banlieue, bien des parents ont peur de laisser sortir leurs enfants après 20 heures parce que prendre le RER est dangereux. Ce climat de peur est insupportable. L’insécurité ne figure même pas dans le Grand débat : pour tout le monde, elle est un fait acquis, on est censé vivre avec. La seule insécurité actuelle serait le terrorisme, mais il a été banalisé. Manuel Valls avait prévenu : les jeunes Français doivent s’habituer à vivre avec le terrorisme. Non ! Je refuse de trouver normal que je peux mourir parce qu’un soir à Paris, je bois un verre en terrasse. Cela a été la raison de mon engagement politique, mais pas le seul car ma génération a aussi grandi avec le chômage, les petits salaires. Ma mère finissait le mois à 15 euros près, cela marque un enfant. A la fibre identitaire s’ajoute la fibre sociale qui met dans les rues et sur les ronds-points les Gilets jaunes.
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