February 20, 2019
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Karl Lagerfeld, vie et mort d’un Kaiser
Le célèbre directeur artistique de la maison Chanel a tiré ce mardi son ultime révérence
Catogan de cheveux poudrés, habillé de noir, lunettes noires et mitaines noires, tout le monde ou presque connaissait Karl Lagerfeld. Né à Hambourg (a priori en 1933), Karl Lagerfeld arrive à Paris en 1952 avec sa mère. En 1954, il obtient le premier prix ex æquo avec Yves Saint-Laurent du concours du Secrétariat international de la laine. Après une carrière le menant chez Fendi, Jean Patou ou encore Chloé, Karl Lagerfeld devient directeur artistique de Chanel en 1983 avant de lancer sa propre marque l’année suivante.
Parangon de la mode et surtout de l’élégance, Karl Lagerfeld était aussi connu pour ses répliques assassines et son implacable sévérité vis-à-vis de son époque.
Son mépris pour ceux qui portaient le jogging était connu de tous : « Les pantalons de jogging sont un signe de défaite. Vous avez perdu le contrôle de votre vie, donc vous sortez en jogging. » Et le bon goût, Lagerfeld le poussait jusqu’au bout. Lui qui n’a jamais caché son homosexualité ne la portait jamais en bandoulière. Aussi était-il opposé à la gay pride au mariage gay et à la GPA. De quoi faire crier les bien-pensants.
Il est vrai que faire le panégyrique de celui qui incarne le luxe et les élites mondialisées en pleine période de Gilets jaunes peut paraître obscène, mais Karl Lagerfeld a été l’artisan du rayonnement de la mode française. Il n’avait pas son pareil pour dépoussiérer la mode et imaginer des scénographies grandioses en alliant un détachement de dandy et une sincérité invraisemblable. L’homme qui en public restait toujours maître de lui-même, bien caché derrière ses célèbres lunettes noires, était en revanche d’une acidité redoutable et la violence de ses aphorismes avait de quoi déstabiliser les mielleux. Lorsqu’un journaliste évoquait ses funérailles, il répondait cinglant : « cela jamais, plutôt mourir ! »
Politiquement, celui qui est toujours citoyen allemand avait menacé d’y renoncer par opposition à la politique d’Angela Merkel. Evidemment, l’homme ne cachait pas son hostilité à l’AfD qu’il assimilait sans honte aux nazis. Mais contrairement à la doxa dominante, il restait parfaitement lucide sur les responsables de cette ascension : “Avait-elle besoin de dire qu’il fallait accueillir un million de migrants (…) ? Il faut se souvenir du passé qu’on a en Allemagne. Je déteste Mme Merkel pour l’avoir oublié. Elle a voulu se donner une bonne image, c’est son côté fille de pasteur qui ne supporte pas le mal que l’Allemagne a fait aux autres après 1933”, affirme le créateur de mode.
Provocant, fantasque, franc et lucide, Karl Lagerfeld fut notamment celui qui propulsa Inès de La Fressange égérie de Chanel. Une collaboration qui prit fin lorsque La Fressange fut pressentie pour incarner Marianne lors du bicentenaire de la Révolution française. Karl prit la mouche et décocha sa flèche, arguant que l’on ne peut être à la fois égérie de Chanel et de la République.
Ainsi était Karl Lagerfeld. Il n’était ni exemplaire, ni héroïque, ni saint. Mais il a, malgré son cosmopolitisme revendiqué, largement contribué au rayonnement du génie français. Sans vulgarité et avec élégance. Voire un certain panache.