December 12, 2019
Algérie : l’élection dont le peuple ne veut pas

Après dix mois de contestation populaire massive, les électeurs algériens sont appelés aux urnes, ce jeudi, afin d'élire un successeur à Abdelaziz Bouteflika. Un scrutin sous très haute tension.
L'Algérie à l'heure du virage présidentiel
Jour de vote en Algérie. Dix mois après le début d'une contestation populaire massive et huit mois après le départ d'Abdelaziz Bouteflika, les Algériens étaient appelés aux urnes ce jeudi pour élire leur nouveau président. Un scrutin attendu de pied ferme par une majorité d'Algériens qui rejettent catégoriquement cette élection, imposée par Ahmed Gaïd Salah, chef d'État-major et vice-ministre de la Défense devenu l’homme fort du pays.
En effet, depuis de nombreux mois maintenant, des centaines de milliers d'Algériens descendent dans les rues chaque mardi et chaque vendredi pour exprimer leur hostilité au système en place, considérant que les conditions ne sont pas réunies pour une élection transparente et que le pouvoir tente de se maintenir en place en recyclant des figures de l’ancien régime. Des craintes justifiées puisque les cinq candidats en lice sont effectivement des hommes politiques déjà connus. Quatre d’entre eux ont même occupé des fonctions ministérielles sous la présidence Bouteflika. Ainsi, Ali Benflis et Abdelmadjid Tebboune ont tous deux été Premiers ministres. Abdelkader Bengrina et Azzedine Mihoubi, ont, eux, occupé les ministères du Tourisme pour le premier et de la Culture pour le second.
Pendant les dernières semaines de campagne électorale, les candidats n'ont tenu que peu de réunion publiques, aucune affiche n'est restée collée plus de quelques minutes sur un panneau d'affichage et les candidats ont presque tous renoncés à toute sortie en public.
L'enjeu du scrutin de ce jeudi n’est pas tant de savoir qui des cinq prétendants sortira vainqueur, mais plutôt comment le futur président pourra asseoir sa légitimité alors que les opposants au vote promettent un taux d’abstention record. Ce fameux taux de participation sera scruté de très près et constituera un enjeu majeur de ce premier tour.
Et si certains sont contraints d'aller voter, comme les militaires, policiers ou les fonctionnaires qui subissent des pressions s'ils ne glissent pas leur bulletin dans l'urne, le taux d'abstention devrait être très élevé dans certaines régions, notamment en Kabylie, région traditionnellement hostile au pouvoir central et habituel foyer de la contestation. Avec un taux de participation inconnu, il est difficile de se prononcer avant les résultats définitifs de ce premier tour, d'autant que les sondages n'existent pas en Algérie. En revanche, si aucun candidat ne sort vainqueur de ce premier tour, un second tour devrait avoir lieu dans les prochaines semaines. Un laps de temps durant lequel la contestation pourrait encore s'amplifier.
Ce sujet sera abordé lors du JT de TV Libertés de ce soir