January 17, 2024
Allemagne : le mouvement de colère des agriculteurs s'intensifie et met le gouvernement sous pression

En Allemagne, la vague de protestations débutée par les agriculteurs contre la suppression d'avantages fiscaux sur le carburant des engins agricoles il y a plusieurs semaines a connu son point culminant le 15 janvier avant d'être suspendue temporairement pour des négociations avec le gouvernement, dans l'espoir d'obtenir des résultats d'ici jeudi 18 janvier. Le mouvement, soutenu par70% des Allemands et par de plus en plus d'artisans et commerçants, rappelle celui des "Gilets Jaunes" en France, avec une pression de plus en plus forte sur le gouvernement, malgré les appels au calme. A cette colère s'ajoute la frustration généralisée de la population, alimentée par l'inflation et la détérioration des services publics, les Allemands disent n'en plus pouvoir. Des professionnels de divers secteurs ayant rejoint le mouvement de contestation, comme le transport, expriment un besoin accru de soutien de l'État, tout en appellant à la démission du Chancellier Olaf Scholz.
Un employé témoigne sur Europe 1:* "Il n'y a pas que les paysans qui sont en grève. Il y a aussi les chauffeurs de poids lourds, les ouvriers, les logistiques, les médecins... Tout le monde en Allemagne est furax." "Quand on fait ses courses ou le plein, on voit bien que l'argent manque. Et puis les hôpitaux ferment, les trains ne sont pas à l'heure... C'est un tout. Rien ne va parfaitement.", *déclare une autre manifestante.
L'agriculture en danger
A l'origine de la protestation des agriculteurs, la proposition de supprimer la ristourne sur les taxes du gazole agricole et l'exonération de la taxe sur les véhicules pour les véhicules agricoles et sylvicoles, qui pourrait avoir un impact catastrophique pour l'agriculture allemande, et avoir des répercussions partout en Europe. Selon un article d’Agrarheute, le coût estimé pour le secteur agricole de ces mesures s'élèverait à environ 900 millions d'euros. Le journal libéral **Contrepoints **précise dans un article que pour une exploitation agricole moyenne travaillant à temps plein, le remboursement de 21,48 centimes par litre de gazole durant la campagne 2020/2021 représentait une somme totale de 2883 euros. Avec la suppression de ces avantages fiscaux, une exploitation mixte pourrait perdre environ 3000 euros, tandis qu'une exploitation en grandes cultures pourrait perdre près de 3900 euros. Ces chiffres ne sont que des moyennes et des pertes bien plus importantes pourraient être enregistrées.
Il semble bien évidemment utopique d'imaginer que les agriculteurs puissent compenser cette perte en gonflant les prix de leurs produits, ce qui pourrait provoquer une perte de compétitivité pour les agriculteurs par rapport à leurs homologues des autres États membres de l'Union européenne.
Une situation qui provoque des réactions fortes de la part des oppositions, mettant le gouvernement dans une situation d'embarras. Pour ne prendre qu'un exemple, le ministre fédéral de l’Agriculture Cem Özdemir, qui affirmait pourtant que "le monde agrivole devait prendre sa part", a déclaré qu'il se serait finalement opposé aux mesures envisagées :* « Je sais que la suppression [des exonérations] vous touche plus durement que d’autres secteurs […] Je m’engagerai de toutes mes forces pour que cela ne puisse pas se passer ainsi ! »...*