November 09, 2022
Après 40 ans de CDD consécutifs, Noëlle Bréham est remerciée par Radio France après avoir demandé un CDI

Noëlle Bréham, animatrice de plusieurs émissions sur les ondes publiques françaises dont Les P’tits Bateaux sur France Inter depuis plusieurs décennies, ne verra pas son contrat être reconduit cette année. Après 40 ans de CDD reconduits, la productrice-animatrice d’émissions de radio aurait demandé un contrat à durée indéterminée (CDI) à son employeur. Radio France a refusé et a préféré remercier Mme Bréham qui ne souhaitait pas signer un énième CDD. “Brutalement licenciée après quarante années de CDD successifs imposés” selon son avocat, Noëlle Bréham a décidé de poursuivre Radio France en justice afin d’obtenir réparation.
Si cette situation peut paraître aberrante, elle est pourtant d’usage dans les mondes de l’audiovisuel, de la radio et de la presse écrite. Chaque contrat est pensé pour durer le temps d’une saison (~ 1 an) et être reconduit, ou non. Pour cause, un grand nombre de programmes se voient modifiés ou interrompus d’une saison à l’autre. C’est aussi pourquoi la précarité des contrats dans le domaine du journalisme interroge. En septembre, c’était Arielle Boulin-Prat et Bertrand Renard, les deux co-animateurs des Chiffres et des Lettres qui étaient jetés à la porte de France Télévisions après 47 ans de CDD. En mai, un journaliste de Sud-Ouest obtenait une requalification de son contrat en CDI auprès du Conseil des Prud’hommes après avoir enchaîné 101 CDD sur une période de 7 ans.
Les présentateurs vedettes des grandes chaînes et certains matinaliers sont rémunérés à hauteur de plusieurs dizaines de milliers d’euros par mois en compensation de l’imprévisibilité des programmes. Dans le cas de Noëlle Bréham, son émission Les P’tits Bateaux du dimanche soir sur France Inter ne lui rapportaient visiblement qu’entre 1200 et 1400 euros par mois. Bien que sa rémunération pour sa participation à l’émission quotidienne La nuit est à vous n’ait pas été divulguée, nous pouvons présumer que l’animatrice ne gagnait pas des milles et des cents. Le lecteur averti comprend ainsi que les journalistes les mieux rémunérés continuent de désinformer à l’antenne pour conserver leur rythme de vie parisien dispendieux tandis que les plus infortunés n’ont d’autre choix que de marcher au pas dans l’espoir de conserver leur gagne-pain. Une situation que Noëlle Bréham décrit très bien dans un entretien accordé à Télérama : “Se demander constamment si l’on travaillera l’année suivante, ça veut dire qu’il faut plaire, ne pas faire de vagues, ne pas contrarier le directeur ou la directrice.”
*I-Média Jules Blaiseau *