October 16, 2019
Assises de l’agriculture : vers une révolution de l’alimentation ?

Économie, éthique, redistribution et écologie… Comment répondre aux enjeux de l’alimentation de demain ? C’est la question sur laquelle planchent les intervenants des assises de l’agriculture organisées à Rennes en Bretagne depuis mardi, à la veille de la journée contre le gaspillage.
L’alimentation en mutation
Crise des agriculteurs et évolution des consommateurs, les nouveaux défis ne manquent pas pour les acteurs de l’alimentation. Les Assises de l’agriculture organisées à Rennes au couvent des Jacobins mardi et mercredi ont donc du pain sur la planche. La première journée a débuté sur les révélations de l’étude menée par la plateforme citoyenne Make.org. Trois points essentiels ont été mis en avant : 1 cas de cancer sur 3 serait évitable grâce à une alimentation plus équilibrée, 21 millions de Français sont en surpoids et 1 Français sur 5 ne peut pas faire 3 repas par jour pour des raisons financières. Des objectifs économiques donc mais aussi sanitaires.
En premier lieu, l’attention s’est portée sur l’alimentation saine. Les débats ont donc évolué vers des productions ayant de moins en moins recours aux produits chimiques et aux antibiotiques dans l’élevage. L’élevage qui reçoit également de plein fouet l’évolution récentes des mentalités quant à la souffrance animale. Les œufs en sont la première démonstration. En effet, de plus en plus de consommateurs sont soucieux d’éviter les œufs de poules en cage. Une évolution qui n'a pas suffisamment été anticipée par une grande partie des éleveurs qui s’étaient essentiellement concentrés sur l’agrandissement des dites cages. Un cran de retard qui vaut également pour l’industrie de la viande. Les nombreuses vidéos choc publiées par les associations de protection animale ont effectivement contribué à sensibiliser les consommateurs. Certains se tournent notamment vers l’agriculture biologique, considérant que les modes d’élevage sont plus respectueux du mode de vie des animaux, même si ces derniers passent par les mêmes chaînes d’abattage.
Certaines coopératives ont déjà mis en place des plateformes pilotes, la Coorpel a de son côté mis sur le marché des porcs non castrés dès 2013 et s’est fixé pour objectif d’élever la moitié de ses cochons sans antibiotiques d’ici 2020. Il faut dire que les consommateurs ont de plus en plus de moyens de s’informer sur les composantes de leurs produits. Les applications pour scanner les codes barres pendant les courses telles que **Yuka **ont vu leur utilisation exploser, poussant de nombreux industriels à adapter la composition de leurs produits.
A cela, s’ajoute également le souci environnemental, martelé dans les médias tous les jours. Samuel Biderre, un éleveur laitier en Normandie présent aux Assises, estimait toutefois que les Français manquaient de cohérence entre leurs attentes et leurs actes. Il faut dire qu’en pleine journée de lutte contre le gaspillage, le constat est édifiant. En effet, chaque année, 29 kg de denrées alimentaires par personne seraient perdues, dont 7 kg encore emballés… Une nouvelle preuve que la vertu du système doit aussi passer par une prise de conscience globale des enjeux. A plus fortes raisons quand on se souvient qu’un Français sur 5 n’avait pas de quoi faire 3 repas par jour.
Les Assises se penchent également sur le moral des agriculteurs, dépendant souvent de leur santé économique. A l’instar de la loi alimentation, l’objectif est de revaloriser leur travail afin que les producteurs puissent vivre décemment sans être tributaires des subventions diverses et variées. Pour ce faire, la meilleure rémunération de la part de la grande distribution paraît un point fondamental même si l’Etat semble bien incapable de faire plier les plus grosses firmes qui augmentent régulièrement leurs marges. Autre piste, celle des collectivités locales. En effet, la favorisation des producteurs de proximité pour les restaurations collectives dépendant des services publics représentent un marché non négligeable alors même que la plupart a recours à des centrales d’achats qui favorisent les bas coûts en lieu et place de l’économie française.
Ces assises n’auront donc pas manqué d’idées pour redonner des couleurs à l’agriculture… Reste à voir si elles seront suivies d’effet.