April 02, 2020
Cap sur l’Asie du Sud-est : le Laos - Olivier Frèrejacques

Laos : un petit État face au Covid-19
Après la Birmanie et la Thaïlande, poussons nos pérégrinations dans le sud-est asiatique, encore un peu plus à l’Est : direction le Laos. Un pays assez vaste (près de 240 000 km2) mais assez peu peuplé, avec seulement 7 millions d’habitants.
Le Laos est une ancienne colonie française ; il faisait partie de l’Indochine jusqu’à son indépendance en 1949. C’est aujourd’hui un Etat communiste à parti unique. 3ème producteur mondial de pavot derrière l’Afghanistan et le voisin birman, le Laos dispose aussi de ressources comme le charbon, le zinc et le cuivre. Il développe par ailleurs son activité touristique depuis deux décennies. Plus considéré comme un État marxiste-Léniniste par Washington, il « bénéficie » d’investissements étasuniens depuis la présidence Obama. Disposant d’une armée de 130 000 soldats pour un budget de moins de 20 millions d’euros annuel, le Laos n’est pas une puissance régionale militaire majeure mais on notera néanmoins qu’un laotien sur 54 est militaire actif ! L’économie du pays demeure cependant largement dominée par l’agriculture, secteur dans lequel travaille plus de la moitié de la population active.
**Le Laos compte parmi les pays les plus pauvres au monde **; il héberge en son sein l’une des plus importante communauté Hmong du monde (plus de 100 000). Ceux-ci font toujours l’objet de persécutions de la part de l’état.
La capitale, Vientiane, est la plus grande ville du pays mais compte moins d’un million d’habitants.
La tendance diplomatique forte est aujourd’hui à l’entretien de liens toujours plus étroits avec le géant chinois.
Un pays officiellement peu touché
Officiellement, le Laos ne compte aucun décès. Une affirmation à prendre avec des pincettes dans ce pays pour lequel les circuits d’informations sont limités. Comme pour la Birmanie, il s’agit d’être prudent, d’autant que des virus et des maladies qui n’existent pas ou plus chez nous font annuellement de nombreuses victimes dans ces contrées d’Asie du Sud-est. La portée du virus est ainsi à relativiser au regard de la situation sanitaire initiale du pays.
Quoiqu’il en soit les chiffres officiels, disponibles selon le baromètre que nous utilisons quotidiennement dans cette chronique, paraissent exceptionnellement bas : seulement 10 cas recensés jeudi après-midi. Le pays partage pourtant, outre ses frontières avec le Vietnam, le Cambodge et la Thaïlande, une frontière nord avec la Chine.
Mercredi, le Vietnam a fermé ses points de passage avec le Laos (et le Cambodge), témoignant d’une inquiétude régionale et donc fort probablement de chiffres bien plus élevés que ceux donnés sur les indicateurs officiels, qui se réfèrent essentiellement à ce que veulent bien nous apprendre les Etats. Une discrétion qui interroge de plus en plus dans les rédactions occidentales.
Tourisme à l’arrêt
Le Laos a fermé son territoire à tous les étrangers jusqu’au 19 avril. Par ailleurs,les touristes étrangers ne peuvent plus obtenir de visas depuis le 19 mars. Comptant sur le tourisme pour son développement depuis plusieurs années, le pays va souffrir économiquement de ces mesures probablement inévitables.
La situation laotienne s’avère un vrai casse-tête pour certains touristes déjà sur place. C’est le cas d’un couple d’alsaciens de Strasbourg. Partis pour une période de 7 mois dans la région et présents depuis trois mois, ceux-ci ne parviennent pas à rentrer en France et déplorent l’attitude de l’ambassade de France dans le pays qui serait, selon eux, inefficace tant dans son action que dans sa communication.
Tourisme à l’arrêt mais aussi mise en quarantaine des laotiens de retour au pays ! Des mesures de prévention qui s’ajoutent à la fermeture de lieux comme les karaokés ou les salons de massage qui, pour une bonne partie d’entre eux, ne servaient d’ailleurs qu’à satisfaire les plaisirs lubriques de touristes dégénérés (viets, chinois, occidentaux).
Petit pays calme et encore relativement peu connu du public occidental, le Laos ne fera certainement pas les grands titres dans cette période de crise sanitaire mondiale. Il revêt en revanche un intérêt certain quant aux chiffres officiels de personnes touchées dont on dispose actuellement. Des chiffres très faibles qui peinent à expliquer les fermetures de frontières et autres mesures radicales dans un pays frontalier de la Chine. Plus généralement, le cas laotien montre notre incapacité à disposer de données dans de nombreux territoires, ce qui est, d’un certain point de vue, assez rassurant.
Olivier Frèrejacques
