Cap sur l’Asie du Sud-est : les Philippines - Olivier Frèrejacques
Philippines : Duterte, un cowboy face au Covid-19
Les Philippines, pays-archipel comptant plus de 7 000 îles (4ème ensemble mondial du type), est, après l’Indonésie, le pays le plus peuplé d’Asie du Sud-est avec pour un territoire d’environ 300 000 km2.
C’est aussi le troisième pays du monde en nombre de catholiques (environ 80 millions).
110 millions d’habitants
Indépendant de l’Espagne en 1898, le pays passera sous la coupe des Etats-Unis avant de progressivement s’en détacher. Son histoire récente a également été marquée par les massacres subis lors de l’occupation japonaise. Suivront des périodes d’insurrections de type marxiste et la présidence Marcos, qui peut être rapprochée de l’Ordre Nouveau de Suharto en Indonésie : un régime militaire et soutien américain anticommuniste.
Au milieu des années 80, le pays prend un virage démocratique avec une constitution instaurant un régime présidentiel.
L’économie du pays repose aujourd’hui essentiellement sur l’agriculture et près de 40 % de la population en dépendrait directement, les principales cultures étant le tabac, le cocotier, l’ananas, la banane ou encore le riz. Ce dernier ne répond cependant plus à la demande nationale et le pays doit en importer depuis les Etats voisins ! La moitié des ressources du pays est issue du tertiaire ; on y retrouve notamment des centres d’appel de pays occidentaux. Si le chômage n’atteindrait pas 10 % de la population, de nombreux philippins partent travailler à l’étranger : ceux-ci contribueraient ainsi de près de 10 % au PIB. Exploités dans des Etats voisins, les philippins le sont aussi chez eux, notamment à la faveur des mouvements de grève parfois réprimés dans la violence par les forces de police.
Les infrastructures du pays sont peu développées et la part de l’industrie demeure trop faible dans l’économie nationale.
Riche en ressources naturelles, le pays produit ¼ du nickel mondial et dispose également de chrome, d’or, de cuivre ou encore de minerai de fer.
En 2016, le pays a élu le président Rodrigo Duterte, personnage haut en couleur ayant fait de la lutte contre la drogue et la corruption son cheval de bataille. Ce dernier avait par exemple déclaré lors de sa campagne « oubliez les droits de l’homme, si je deviens président, ça va saigner ». Populiste de gauche, il a augmenté le budget de l’Etat pour entretenir et moderniser les infrastructures du pays (notamment les écoles et les hôpitaux). Rendu célèbre pour sa croisade anti-drogue et ses déclarations à l’emporte-pièce, l’actuel président a néanmoins une attitude plus modérée dans certains dossiers, notamment vis-à-vis de la guérilla communiste et aux séparatistes musulmans, préférant la négociation à l’affrontement.
Au niveau des relations internationales, Duterte privilégierait plutôt un rapprochement avec la Chine. Il s’avère par ailleurs être un défenseur de l’environnement et s’est pris de passion pour la cause « LGBT »
Confinement malgré la semaine Sainte
Depuis mi-mars, une partie du pays est en confinement. Sur l’île de Luzon, où se situe la capitale Manille, ce sont près de 60 millions de personnes qui sont à l’arrêt. Prolongée jusqu’à la fin du mois d’avril, la quarantaine est étendue à l’ensemble de l’archipel.
La nouvelle du prolongement du confinement a été un déchirement dans un pays habitué aux grandes parades de la semaine Sainte. Le président Duterte a par ailleurs demandé aux philippins de s’en remettre à Dieu face au virus ! Le chef de l’Etat a étonnement reconnu ne pas savoir si les trois premières semaines de confinement avaient porté leur fruit, une honnêteté déconcertante alors que de nombreux pays n’hésitent pas à arranger la réalité..
Une honnêteté qui n’est peut-être pas la norme pour les chiffres des contaminés et des morts. Aujourd’hui, le pays n’en serait qu’à 4 200 cas pour 220 décès, chiffres très bas qui peuvent aussi s’expliquer par les difficultés décentralisation de l’information.
Duterte assure le spectacle
Habitué aux sorties chocs,** le président Duterte n’a pas mâché ses mots en affirmant tout bonnement « tuez-les »** en parlant de ceux qui ne respectaient pas le confinement.
Recevant des pouvoirs spéciaux du parlement pour faire face à l’épidémie, l’action présidentielle semble se raidir et cette politique à mi-chemin entre l’autoritarisme débridé et le spectacle pourrait poser de grave problèmes sociaux.
Reste à savoir si les déclarations de Rodriguo Duterte relèvent de la communication politique ou s’il entend vraiment durcir son pouvoir. Adepte des déclarations exaltées, le président philippins avait entamé un rapprochement inédit avec la Chine avant la crise. Il sera intéressant de voir si ce nouveau partenaire potentiel saura lui venir en aide ou si les Etats-Unis profiteront de l’occasion.