March 23, 2020
Christine Lagarde Pilote d’hélicoptère (monétaire) - Olivier Pichon

Quoiqu’elle s’en soit défendu, avant la crise, la voila contrainte d’assurer la liquidité en revenant au QE c'est-à-dire la planche à billet. La crise a en effet fait perdre à l’économie-monde 40 000 milliards de dollars d’actifs ce qui veut dire que nous sommes face à une planète insolvable ... Donc elle annonce un plan d'urgence de 750 milliards, ce qui veut dire qu’une très large partie de la dette des États européens sera détenue par la BCE.
Open bar monétaire
Pour l’heure, et ce n’est pas la meilleure idée, la BCE mobilise les mêmes instruments que pour la crise de 2007-2008. Avec des opérations de refinancement des banques à taux négatifs (le QE). Mais si la sphère financière et bancaire peut en bénéficier, il est douteux que l’économie réelle en profite et notamment les entreprises en mal de trésorerie et surtout les petites et moyennes entreprises (transport, tourisme). Le procédé diffère de ce que veut faire Trump aux USA qui pratique aussi l’hélicoptère monétaire, inventé par Ben Bernanke ancien gouverneur de la FED, mais directement par le trésor américain, des paiements aux ménages et aux PME. Dès février, Hong Kong décidait la distribution de 10 000 HK$ (1000 € environ) à tous ses résidents. Les Etats-Unis envisagent de donner 1000 $ par habitant. Car les pertes de production et de revenu à compenser vont être énormes – les estimations actuelles varient de 5 à 20% de pertes de PIB. Donc l’impératif est que la BCE accorde des prêts perpétuels aux états sans contrepartie de remboursement sinon, bien entendu, on retourne sur le problème des dettes souveraines soit le remède (2008) devenu poison, qui cette fois règlera le sort de la zone euro. Il n’est plus non plus question de rigueur budgétaire, oubliés les accords de Maastricht et les limites au déficit. Mais alors le risque de divergence des taux d’intérêt (le spread) entre pays de la zone euro peut s’accroitre et faire exploser celui-ci.
La monnaie noyée dans les liquidités (monétaires)
L'énormité des montants qui s'ajoutent aux déséquilibres déjà existants conduit mécaniquement à la destruction des monnaies telles que nous les connaissons. Les conséquences à long terme d'une création monétaire sans limite de la part des banques centrales ne sont pas, en soi, inflationnistes car les liquidités créées à l’occasion de ces achats de titres aux banques, se retrouvent ensuite à circuler en boucle dans le système financier plutôt que dans l’économie réelle. Il aidera juste les Etats à se financer Un dispositif de monnaie hélicoptère à l’américaine avec un transfert direct de monnaie centrale serait plus inflationniste, et ce serait le moyen d’éviter la déflation.
La dette gonfle les bulles d’actifs, (bourse, immobilier) et il est vraisemblable qu’elles se reconstitueront rapidement quand la crise sanitaire sera passée. La création monétaire par la dette creuse les inégalités de patrimoine, et contribue à la fragilisation du tissu social qui n’en a nul besoin aujourd’hui, car ce sont les plus faibles qui vont le plus souffrir. Par ailleurs nous risquons, en dépit de l’aide de la BCE un tsunami bancaire, (cf. Politique & Eco N° 254) les banques faisant face à des pertes sur les marchés et à des non-remboursement de crédit, il n’est pas sûr qu’elles aient les reins assez solides, c’est-à-dire suffisamment de fonds propres pour faire face à ces pertes, a fortiori si leur multiple d’endettement est élevé comme c’est le cas en Europe.
Mais qui va payer tout cela ?
Si l’inflation repart, vous et moi, surtout si vous avez des revenus non indexés, mais l’inflation a le mérite de faire fondre les dettes. Dans le cas contraire, la déflation, plus probable, les plus pauvres, les chômeurs, les précaires et les contribuables. Mais l’ampleur des liquidités ainsi lâchées pourrait, on peut toujours rêver, conduire à un gigantesque moratoire, voire une annulation pure et simple d'une partie de la dette, c’est ce qui se passe en tant de guerre et l’on a cessé de nous dire que nous étions en guerre, Emmanuel Macron le premier.
Olivier Pichon