November 07, 2019
“Contre l'islamophobie” : une marche qui divise et met une partie des responsables politiques dans l’embarras

Lancé par le collectif contre l'islamophobie en France, l'appel à défiler dimanche dans les rues de Paris cristallise les tensions et continue de mettre la gauche et une partie des responsables politiques dans l’embarras.
La marche contre l'islamophobie fait tourner les têtes
Participera, participera pas, telle est la question. Le 1er novembre, de nombreuses personnalités ont signé un texte intitulé "Le 10 novembre, à Paris, nous dirons STOP à l’islamophobie !", appelant à manifester contre la stigmatisation des musulmans en France. Parmi les signataires, on retrouve des figures de la gauche tels que les anciens candidats à la présidentielle Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon, l'eurodéputé écologiste, Yannick Jadot ou encore le patron de la CGT Philippe Martinez.
Si le rendez-vous semblait être l'occasion idéale pour la gauche de se fédérer, aucun responsable du Parti socialiste n'a signé l'appel et ces derniers ont annoncé qu'ils ne participeront pas à la marche. Surprenant ? pas tant que cela... dans un communiqué, le parti d'Olivier Faure a déclaré ne pas vouloir être associé à certains des initiateurs de l’appel. Si le parti à la rose ne cite pas explicitement à quels initiateurs de l’appel il ne souhaite pas être associé, on peut largement le deviner. Et pour cause, le texte a été lancé par l'élu de Saint-Denis, Madjid Messaoudene, la Plateforme L.e.s. Musulmans, Le Nouveau parti anticapitaliste, le Comité Adama, l’Union nationale des étudiants de France, l'Unef mais surtout le très controversé Collectif contre l’islamophobie en France, le CCIF. De quoi provoquer certains remous, le CCIF étant accusé de liens avec les Frères musulmans, organisation internationale de promotion de l'islam politique.
Pour une fois, le Parti Socialiste a eu le nez fin pour éviter de s'embourber dans une nouvelle crise. Il faut dire que signer un appel avec des islamistes revendiqués et des complices d’islamistes n'est pas la meilleure des idées. Et pourtant, la France Insoumise et Europe Ecologie les Verts ont plongé la tête la première ce qui a provoqué un véritable casse-tête au sein de ces deux formations. Depuis que la polémique enfle, de nombreux signataires politiques de la tribune ont fait machine arrière. C’est le cas notamment des députés LFI, Alexis Corbière et Adrien Quatennens, rappelant tout de même que l’intégralité du groupe Insoumis à l’Assemblée a signé cet appel, notamment pour dénoncer le climat ambiant.
Même son de cloche chez les Verts, après avoir signé la pétition, Yannick Jadot a annoncé qu’il ne se rendrait pas au rendez-vous ne validant pas l’ensemble du texte notamment la dénonciation des lois qualifiées de liberticides par le texte pour faire référence aux lois de 1905 s’agissant de la laïcité,de 2004 concernant les signes religieux à l’école, et de 2010 sur le fait de ne pas pouvoir être entièrement le visage couvert dans la rue.
Un sujet également dénoncé par le premier ministre, Edouard Philippe. Mercredi, le chef du gouvernement a dénoncé un appel au communautarisme rappelant toutefois que le droit à manifester était garanti par la Constitution... Une façon de ne pas trop s’immiscer dans un sujet épineux mais a tout de même profiter de l’occasion pour railler le rétropédalage de ceux qui ont changé leur fusil d’épaule au dernier moment.
Au final, certains font marche arrière, d’autres maintiennent leur cap,les divisions au sein de la gauche et de l’extrême-gauche n’auront jamais été autant visibles. Certainement les prémices d’une recomposition à venir autour de nouveaux clivages...