November 10, 2022
Coût de l'énergie : Les conséquences à long terme. Les pays d’Europe doivent réagir rapidement et fortement à la crise de l’énergie s’ils souhaitent conserver une activité manufacturière sur leur territoire.

Les effets immédiats de l’augmentation des prix de l’énergie sont bien connus. Pour les particuliers, la hausse des factures grève directement le budget mensuel – et ce malgré la générosité étatique qui masque la hausse des prix par un endettement du pays.
Pour les PME, qui commencent à peine à profiter de la solidarité nationale, les charges d’exploitations s’envolent. Pour certains secteurs industriels, c’est l’activité qui devient intrinsèquement non-rentable aux tarifs actuels. Production de verre, d’acier, d’aluminium et d’engrais : les annonces de débrayages immédiats ou prévus pour cet hiver se sont multipliées cet été.
Comme lors de la crise sanitaire, la crise énergétique passe dans un premier temps par une phase aigüe, abondamment commentée dans les médias. Moins visibles, les conséquences de long terme de notre précarité énergétique sont aussi moins discutées et anticipées par les agents économiques.
Pourtant, ce sont bien elles qui seront prépondérantes sur le temps long, celui qui intéresse les investisseurs. Déjà, nous voyons des industriels prendre acte de la situation énergétique peu enviable de l’Europe et adapter leur stratégie en conséquence.
Ces décisions, qui engagent l’évolution de notre tissu industriel sur les prochaines années, doivent être considérées comme un signal fort. Car sans industrie, pas de création de richesse, pas d’emploi, pas de taxes pour l’Etat et pas de bénéfices pour les actionnaires.
Industrie de pointe et coût du kWh
Voir les industries de transformation de matière première courber l’échine au cœur de l’été n’était qu’une demi-surprise. Après tout, ces activités à faible valeur ajoutée reviennent au niveau macro-économique à stocker de l’énergie sous forme solide. Il faut toujours 13 500 kWh pour produire une tonne d’aluminium partout sur la planète, et il est logique qu’une explosion des prix de l’électricité rende cette activité non-rentable sur le Vieux Continent.
De même, entendre les représentants de l’usine Duralex annoncer un débrayage de la production durant les quatre mois d’hiver a touché les Français attachés à la marque, mais la vaisselle en verre trempé n’est évidemment pas une activité à forte valeur ajoutée. Duralex ne peut ainsi pas s’appuyer sur les mêmes marges que les entreprises high-techs pour absorber une explosion de ses coûts énergétiques.
En revanche, voir un industriel de pointe comme le groupe Safran adapter sa stratégie à la pénurie énergétique montre que notre crise entre dans une phase chronique.
L’équipementier aéronautique a annoncé début novembre mettre en suspens la décision de construire sa nouvelle usine de freins carbone à Feyzin, près de Lyon. Le projet, qui représente un investissement de 230 M€, avait déjà été reporté durant le Covid.