March 26, 2020
Crise du Coronavirus: Que va faire l’UE, que faire de l’UE ? (O. Pichon)

A l’exception notable de la BCE qui est indépendante des pouvoirs européens, et va nous servir une vieille recette le fameux QE à la puissance 10, entendez la planche à billet, l’UE est d’une discrétion de violette dans la crise. Celle -ci ne s’est pas illustrée politiquement dans la défense de la frontière grecque contre l’envahisseur ottoman et a fortiori dans la fermeture des frontières. Mais sur le plan économique on aurait pu attendre, puisque c’est théoriquement sa partie, une réaction plus radicale, à dire vrai on peut aussi la redouter eu égard aux arrières pensées fédéralistes qui couvent chez les eurocrates. Ces derniers avouent d’ailleurs que le déversement sans limite de liquidités est fait pour sauver l’Euro pas les européens. La crise du coronavirus est un test pour la solidité de la zone euro car le coût de la pandémie s’annonce économiquement colossal pour le vieux continent, déjà entré en récession.
Macron veut sauver l’UE envers et contre tout
Le président français poursuit encore et toujours ses chimères, il veut faire exister un zombie. Est-il bien temps de sauver une union qui a démontré qu’elle n ‘en était pas une. En bonne logique sa préoccupation première devrait être son pays. Le constat est néanmoins lucide. C’est un conseiller du président Macron qui le confie sans détour :
*« L'Europe n'a aujourd'hui ni lieu ni format de décision. » Le chef de l'État a déploré que les 27 capitales européennes soient incapables de se coordonner rapidement. « Un Conseil européen à 27 personnes, ce n'est pas possible. Peut-être que, du temps où nous n'étions que neuf, c'était possible, mais pas à 27 », *reprend cette source, citée par Le Point, qui parle au nom d'Emmanuel Macron.
Le MES (Mécanisme de Stabilité Européen) un pas vers le fédéralisme ?
Face à la crise, les ministres des Finances de la zone euro se sont réunis mardi soir 24 mars pour discuter de l’activation du Mécanisme européen de stabilité (MES). La question tourne autour du déblocage d’une ligne de crédit pour les pays en difficultés. Mais quel pays n’est pas en difficulté ? Rappelons que le MES est un premier pas vers une Europe fédérale avec son propre Trésor public et son propre budget (et un ministre des finances européen) et qu’il n’a pas donné lieu à un vote du parlement. La souveraineté des États serait abolie de fait, tandis que le processus démocratique (élections) sera rendu ineffectif, car ce sont les fonctionnaires de l’UE qui décideront de la politique budgétaire.
Le retour des eurobonds
C’est Hollande qui avait soulevé la question et rêvait, à l’époque d’une mutualisation des dettes, (l’Allemagne paiera !) les Allemands dont l’économie était plus florissante qu’aujourd’hui avaient radicalement refusé. La question des eurobonds fait son grand retour, mais ravive les lignes de fractures européennes. Les chefs d’Etat et de gouvernement en parlent ce jeudi 26 au Conseil européen. Un eurobond ou euro-obligation est un emprunt émis en commun par les pays de la zone euro sur les marchés. Concrètement, les eurobonds consistent à mutualiser, à l’échelle européenne, la dette des pays de la zone euro. C’est-à-dire que les pays mettent en commun leur dette, et la remboursent ensemble, en émettant ensemble des obligations. La question, dans cette affaire, est celle des taux : qui voudra prêter à des taux négatifs résultant par ailleurs de la politique du QE ? Ce serait, quoiqu’il en soit, une révolution. L’Allemagne, les Pays-Bas, Finlande, Irlande et Pays Baltes ont, jusqu’à présent, toujours refusé de franchir le pas de la solidarité budgétaire. Sans préjuger des résultats de la réunion du Conseil européen d’aujourd’hui on peut redouter que le prétexte de la pandémie puisse permettre d’avancer subrepticement vers un fédéralisme européen.
Olivier Pichon pour TV Libertés