C’est ainsi que, au cours de cet échange qui a porté sur une multitude de sujets (pouvoir d’achat, prix de l’énergie, emploi, etc.), le président sortant, n’hésitant pas à se féliciter – sans rire – de son bilan, n’a cessé de multiplier les coups bas et procès d’intention contre la candidate du RN. Notamment lorsque, abordant le problème de la guerre en Ukraine, il a accusé lamentablement Marine Le Pen de « dépendre du pouvoir russe » et « de M. Poutine », en faisant référence au prêt financier que le FN s’est vu contraint de contracter en 2014 auprès d’une banque russe. Une attaque franchement odieuse quand on se souvient qu’à l’époque Marine Le Pen avait essuyé des refus de la part de l’ensemble des banques françaises, probablement d’ailleurs à la suite de pressions exercées sur celles-ci par le pouvoir en place. Une vérité que la candidate du RN n’a évidemment pas manqué de rappeler, en soulignant au passage que Macron, qui s’était justement engagé en 2017 à créer une « banque de la démocratie » pour pallier ces problèmes de financement, s’était empressé d’enterrer sa promesse une fois élu… Evoquant ensuite le projet d’Europe des nations défendu par Marine Le Pen, le président sortant, faisant une fois de plus la démonstration de sa soumission totale aux autorités de Bruxelles et aux traités européens, a alors accusé son adversaire de « vouloir en réalité sortir de l’UE ». Comme si, a très justement répondu la candidate de la droite nationale, le choix devait obligatoirement se faire entre une France « contrainte d’accepter l’ensemble des règles de l’Union et se taire » et une France totalement indépendante de l’Europe. Or, a lancé Marine Le Pen à Macron, en rappelant que notre pays était encore une puissance mondiale, et donc capable d’imposer sa position au sein de l’UE, « j’ai beaucoup plus d’ambition que vous » !
Un autre moment fort – et surtout édifiant – de ce débat aura été sans aucun doute celui où Emmanuel Macron, reprochant vivement à Marine Le Pen de vouloir interdire le port du voile musulman dans l’ensemble de l’espace public français pour « libérer les femmes de la tyrannie des islamistes », a laissé échapper cette phrase qui sonne comme un terrible aveu d’impuissance et de lâcheté du pouvoir politique en place face aux menées islamistes dans notre pays : « … vous voulez créer la guerre civile. » Une phrase reprise en plein vol par la candidate du RN qui, profondément indignée par l’incroyable pleutrerie d’un président sortant se refusant à imposer le respect de nos valeurs et de nos lois par peur de provoquer la colère des islamistes présents sur notre sol, a alors rappelé sa ferme volonté de mener une guerre sans pitié contre ceux-ci et de « défendre la République ».
Reste enfin la manière dont a été accueilli ce débat, à la fois par les téléspectateurs, et par la classe politique. Si, à en croire un sondage réalisé par Elabe dès la fin de l’émission, 59 % des gens ayant assisté à celle-ci auraient jugé Macron « plus convaincant » que Marine Le Pen (39 %), on objectera quand même que ces enquêtes sont le plus souvent faussées et donc à manier avec la plus grande précaution. Quant aux réactions politiques, qui ont été évidemment très nombreuses, elles ont pour un certain nombre d’entre elles consisté à saluer la prestation de Marine Le Pen. Comme celle de Nicolas Dupont-Aignan qui, critiquant « l’arrogance » d’un Macron « enfant mal élevé » et « petit coq agité », a appelé de nouveau à voter dimanche pour la candidate du RN. Ou encore de Thierry Mariani, qui a estimé que « Marine Le Pen avait évolué et était devenue une femme d’Etat ». Ou enfin celle de Julien Odoul**, **constatant que « Marine Le Pen est dans la vraie vie » et Macron « dans le cosmos de McKinsey »…