November 27, 2019
« Deutsche Bank über alles »

Oui, la Deutsche Bank est au-dessus des autres banques pour le risque (1 500 milliards au bas mot), l’endettement, les produits dérivés, pour un montant de 45 000 milliards, les licenciements. Question : comment dit-on en allemand : Too big to fail ?
Sauve qui peut !
La Deutsche Bank a déjà commencé à se débarrasser d’actifs pourris (pour 75 milliards), comment a-t-elle fait ? En utilisant les services de « bad banks » et fonds spéculatifs qui acceptent de prendre des actifs pourris à haut risque, des sociétés notées en dessous de la catégorie « Investment grade » (qui correspond à BBB- sur les échelles des agences de notation), ces sociétés à but spéculatif ont une chance sur deux de perdre. Ces obligations à haut risque offraient des taux d’intérêt plus élevés que les obligations d’Etat, par nature beaucoup plus sûres ; hélas, les voilà qui, elles aussi, entrent en zone négative, le risque ne paie plus au pays des taux négatifs ! Et l’on comprend la colère de Jens Weidmann, patron de la Bundesbank, contre la politique de la BCE, la Banque centrale européenne (Présent du mercredi 13 novembre).
La socialisation des pertes ?
Il reste que la DB n’est pas tirée d’affaire. Elle avait pensé, un moment, fusionner avec la Commerzbank, laquelle est en aussi mauvais état qu’elle, puis, on a parlé d’un rachat par la BNP, première banque européenne, et voilà maintenant que la DB parle de solidarité européenne. Celle-ci a bon dos et masque la socialisation des pertes. Quant à la privatisation des profits, il suffit, pour s’en assurer, de regarder les exorbitantes rémunérations de son état-major. Du côté des licenciements, ce sont 20 000 employés sur le carreau. Paradoxalement, l’Allemagne est l’économie européenne réputée la plus puissante, financièrement la plus solide, avec des excédents publics et commerciaux. Et si l’économie allemande était à l’image de sa banque ? De fait, la situation de l’Allemagne est préoccupante. L’industrie allemande est affectée par les nouvelles normes écologiques dans l’automobile et par le ralentissement chinois. Fleuron de son industrie, la machine-outil est concurrencée par la Corée.
La BCE responsable et coupable
Quant aux banques, elles ont perdu une large partie de leurs profits de trading du fait de la réglementation, elles se font écraser par les banques américaines sur les activités de banques d’affaires, et surtout, comme tout le système bancaire, leurs marges sont sous la pression des taux négatifs. Encore et toujours la folie des taux négatifs, folie européenne, folie de la BCE. Face aux difficultés de la DB, Angela Merkel a farouchement refusé la nationalisation (un mauvais souvenir du Troisième Reich ou de la RDA ?). Mais peut-on dire que les banques européennes sont des banques privées, alors même que leur survie repose sur la Banque centrale européenne grâce au QE (quantitative easing, ou assouplissement quantitatif) ? Une « nationalisation » à l’échelle européenne qui ne dit pas son nom.
Olivier Pichon pour Présent