March 29, 2019
Ferenc Almássy (Visegrad Post) : « La presse en Europe centrale est beaucoup plus variée qu’en France »

Nous avons évoqué cette semaine un excellent article de nos confrères du Visegrad Post à propos de changement au sein du Jobbik hongrois. En Europe centrale, la donne politique évolue rapidement, et très différemment de ce que nous connaissons en Europe de l’Ouest. À quelques semaines des élections européennes, nous avons donc décidé de mettre en place un point régulier avec nos confrères présents sur place, pour mieux vous permettre de comprendre les enjeux et la situation.
Ainsi, Ferenc Almássy, rédacteur en chef du Visegrad Post, a-t-il accepté de réponse aux questions de Breizh Info. Sur la Hongrie, mais aussi sur la perception du Brexit, des Gilets jaunes en Europe centrale. Sur l’atmosphère en vue des élections européennes ou encore, sur les récentes élections en Slovaquie. Entretien fondamental à lire pour mieux comprendre ce qu’il se passe chez nos frères d’Europe centrale.
Breizh-info.com : Vous venez de sortir un article sur le changement total du Jobbik hongrois. Ce changement signifie-t-il qu’il n y a plus aucune force politique solide à la droite d’Orbán ? Comment expliquez-vous cette évolution et comment est-elle perçue par la population ?
**Ferenc Almássy : **Historiquement, le parti d’Orbán est une alliance de droite – plus encore au sens moral qu’économique. Ce caractère a été étendu à la droite plus radicale avec l’opposition frontale à l’immigration massive et incontrôlée en 2015 durant la crise des migrants le long de la route des Balkans. En damant le pion au Jobbik, déjà en phase de dédiabolisation, il a gagné la sympathie d’un électorat plus nationaliste – un terme qui n’a pas de connotation négative à mon sens, je ne parle pas de chauvinisme, de rejet de l’autre, mais de fort attachement identitaire.
Électoralement parlant, c’était une situation très inconfortable pour un Jobbik qui atteignait alors des sommets dans les sondage : ils frôlaient les 30 % d’intentions de vote. La direction du Jobbik a alors, pour des raisons électoralistes a priori, choisi de séduire plus efficacement à gauche et parmi les abstentionnistes, délaissant à grande vitesse les symboles et la rhétorique que d’aucuns qualifient d’extrême droite. Ce double phénomène a permis à Viktor Orbán de monopoliser l’électorat « de droite ».
Suite à l’évolution du Jobbik, une scission avec les éléments du canal historique a donné un nouveau parti, Mi Hazánk Mozgalom, lancé par le célèbre maire nationaliste László Toroczkai, celui qui avait demandé la construction de la barrière frontalière dès 2014. Ce parti renoue avec les codes abandonnés par le Jobbik. Ils parlent des problèmes de coexistence et de criminalité tzigane, critiquent Israël, l’UE, l’OTAN, appellent au rétablissement de la peine capitale, et cherchent à « défendre la civilisation septentrionale, du Kamtchatka à l’Islande ». Mais à l’heure actuelle, ils approchent difficilement les 5 %. Ils ont quelques députés, en fait des transfuges du Jobbik élus en avril 2018.
On peut dire que le Fidesz de Viktor Orbán n’a pas pour l’instant de « concurrence à droite ». Et le Jobbik ayant rejoint la coalition en cours de formation rassemblant les partis progressistes et mondialistes, il faut reconnaître que la politique hongroise s’est polarisé à l’extrême, avec en gros le bloc orbanien – anti-immigration, eurocritique, souverainiste –, et en face, le bloc anti-Orbán – pour un gouvernement technocratique aligné sur Bruxelles, en faveur d’une immigration modérée, et en faveur de plus de transfert de pouvoirs à l’UE. Ça montre à quel point Orbán est une personnalité politique déterminante – et clivante.
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