June 04, 2019
General Electric à Belfort : «C'est le bal des hypocrites»

Le ministre de l'Economie s'est rendu lundi sur le site de Belfort du géant américain, qui va supprimer un millier d'emplois en France. Il a demandé à GE de «revoir sa copie», mais les salariés n'y croient plus vraiment.
Le géant américain prévoit 1 050 suppressions de postes en France, dont 991 rien que sur le site de Belfort, essentiellement au sein de l’entité turbines à gaz qui emploie 1 900 personnes ici (sur les 4 300 salariés GE de Belfort). «C’est le bal des hypocrites, tout le monde savait. Les urnes étaient encore tièdes, qu’on déroulait ce qui nous attendait», décrit Pierre Braye, délégué CGT. «Il n’y aura pas une solution pour chacun», estime Karim Matoug (CGT), racontant les regards inquiets, dans les bureaux, les ateliers. Et cette question lancinante : «Vais-je être concerné ou mon voisin ?» «Ouvrier, ingénieur, cadre, personne ne sera épargné», prévient-il. D’ailleurs, certains en bleu de travail s’étonnent, jamais ils n’ont vu «autant de cols blancs dans la cour». Preuve que «l’heure est grave».
Le ministre n’a «rien compris au dossier»
Avec l’intersyndicale (CFE-CGC, Sud, CGT), Karim mobilise les collègues pour organiser un comité d’accueil au ministre de l’Economie venu parler «diversification». Autrement dit, plancher sur une solution de secours pour maintenir de l’activité sur le site, limiter la casse sociale. Mais du ministre, les salariés n’attendent «rien». Il n’a «rien compris au dossier», «répète mot pour mot la com de GE», brandit les* «mauvais chiffres»,* compte en nombre de turbines produites pour pointer une baisse alors qu’il faudrait, selon les salariés, parler en heures de production. Les nouvelles turbines 9HA, plus grosses, sophistiquées, demandent trois fois plus de temps à sortir de l’usine. Des pancartes vantent leur savoir-faire, rappellent que le site belfortain fêtera cette année ses 140 ans. Les messages appellent à «se battre», appellent les «élus à durcir le ton».