December 27, 2019
Grèves : record de longévité battu !

Après 23 jours de mobilisation, le mouvement social contre la réforme des retraites bat le record de longévité de 1995. Le duel entre le gouvernement et les syndicats se poursuit à quelques jours du réveillon de la Saint Sylvestre
23 jours consécutifs de grève !
Depuis le 5 décembre, à l’appel d’une intersyndicale menée par la CGT, la mobilisation pour le retrait du projet de loi portant sur la réforme des retraites a mené des centaines de milliers de travailleurs dans les rues et a surtout engendré des blocages importants dans les transports.
CGT, FO et Solidaire ont ainsi battu le record de longévité du mouvement de 1995. Et cela avec un soutien mitigé de la CFDT dont une partie des militants seulement est mobilisée. Après être parvenus à maintenir le mouvement pour Noël, les syndicats contestataires se dirigent à présent vers un maintien du mouvement pour le réveillon de la St Sylvestre.
Le Gouvernement décidé à aller jusqu'au bout de la réforme
Le parallèle avec 1995 et la dernière grande grève qu’a connu le pays est intéressant, en effet, à l’époque, Alain Juppé avait préféré lâcher avant Noël alors que cette fois-ci, Edouard Philippe apparaît fermement décidé à aller jusqu'au bout, espérant un retournement de l’opinion contre les syndicats.
Une position du gouvernement rendue possible par une grève qui, si elle est importante, ne bloque pas intégralement le trafic. Et si le dialogue entre syndicats et gouvernement semble rompu, la guerre des chiffres et de l’intox est à son comble. En effet, si l’opinion a longtemps soutenu le mouvement par rejet de la réforme ou par rejet de l’exécutif et de l’arrogance du président Macron, les études d’opinion se font plus rares. Certains évoquent par ailleurs une mobilisation en baisse… et pourtant le trafic ne reprend pas vraiment.
Le jeu de poker menteur se poursuit donc avec le réveillon de la St Sylvestre en ligne de mire pour l’intersyndicale, mais aussi avec la manifestation du 9 janvier. Il faudra donc maintenir la pression plus de dix jours encore… alors que certains travailleurs qui avaient pris des congés sont aujourd’hui contraints de retourner travailler une journée pour que leurs congés ne soient pas considérés comme grève.
Vers un retournement de l'opinion publique ?
D’ici là, le gouvernement devrait tenter le coup de force auprès de l’opinion en jouant la carte du catastrophisme vis-à-vis des transports et du risque de pénurie d’essence avec les blocages de raffineries. Une stratégie du pourrissement pour faire valoir un nouveau système de retraite vendu comme universel… mais qui ne l’est déjà plus puisque certaines professions font exception, comme les pilotes, les routiers ou les policiers. En lâchant du lest vis-à-vis de ces corporations, le gouvernement semble avoir habilement joué et évite d’affronter une mobilisation totale.
Reste à présent à savoir qui sortira renforcé de ce mouvement ? Difficile de croire que les syndicats contestataires, s’ils n’obtiennent pas satisfaction, réussiront à inverser la tendance de leur déclin. A plus forte raison quand des entreprises comme la SNCF cristallisent régulièrement la grogne des usagers. L’entreprise a ainsi reçu le « cactus d’or » décerné par le magazine 60 Millions de consommateurs pour ses lacunes en matière de ponctualité, de services et de tarifs… pour l’ensemble de son œuvre en quelque sorte. Un prix symbolique qui ne prend pas en compte l’actuelle grève que connaissent les chemins de fer…
Le gouvernement, s’il tient bon, devrait se renforcer auprès de sa base et de son centre droit et pourra se vanter d’avoir réussi là où tous ont échoué avant lui… pour une réforme qui pourtant n’est pas franchement révolutionnaire. Une consolidation vers un électorat qui devrait par la même occasion renforcer l’hostilité du reste du spectre électoral. Difficile à présent d’imaginer la gauche contestataire se résigner à voter Macron dans une second tour contre Marine Le Pen...
Ce sujet sera abordé lors du JT de TVLibertés de ce soir. Dessin : Ignace