September 27, 2019
Jacques Chirac : la République des hommages

Alors que Jacques Chirac est mort jeudi, Emmanuel Macron entend bien surfer sur la vague mortuaire en multipliant les hommages… une pratique que n’aurait pas renié le défunt président.
Le décès d’un ancien président de la République, outil de propagande médiatique ?
Emmanuel Macron profite de l’occasion pour se présenter comme un chef d’Etat en rendant hommage à l'un de ses prédécesseurs. Une façon pour lui de prendre un peu de hauteur six mois avec le scrutin municipal et après s’être fait humilier dans le dossier irano-étasunien. Une façon aussi de s’approprier le personnage "Chirac"… ce que certains appellent de la « récupération ». Plus généralement, toutes les personnalités politiques y sont allées de leur couplet, se sentant obligées, quand bien même elles exécraient le personnage, de le saluer. Un joli petit numéro d’hypocrisie pour certains… une vraie perte pour d’autre.
Un apparatchik avant tout
Si, comme l'affirme Emmanuel Macron, Jacques Chirac fut un **"Homme">
parmi les hommes" et un "Destin français"**, il n'en aura pas moins vécu au frais de la princesse toute sa vie… en effet l’individu aura avant tout été un apparatchik… à noter cependant une parenthèse de panache avec son engagement volontaire comme officier volontaire lors de la Guerre d’Algérie. Élève de l’ENA, il aurait pu y échapper. Après cela, il sera successivement secrétaire d’Etat, ministre, maire de Paris, député européen, député, premier ministre et président. De quoi donner le vertige en matière de cumul de retraite !
Les plus bienveillant garderons en mémoire son unique fait d’arme : le refus d'engager la France dans la guerre en Irak. Un refus qui aura fait suite à l’envoie de milliers d’hommes en Afghanistan deux ans plus tôt. D’autres retiendront son côté sympathique et sa bonhomie : le président qui tape sur le cul des vaches et boit de la bière… tout un programme pour la droite française.
Et si l’énumération de ses actions politiques pourrait occuper des heures, on retiendra particulièrement son attachement au cordon sanitaire, à savoir pas d’alliance avec le FN, qui enferma la droite à gauche pour au moins trois décennies, ou encore son attachement folklorique aux arts dits "premiers"… un intérêt légitime mais qui, poussé à des niveaux excessifs aura participé à une certaine forme de relativisme mettant à égalité trois bout de bois superposés dans la jungle à des tableaux du Grand Siècle.
Bilan politique misérable mais véritable popularité
Si le bilan du personnage devait tenir en deux mots on pourrait facilement mais légitimement reprendre la Une de Libération de 1997 sur Georges Marchais : "Globalement Négatif". C’est tout le paradoxe de l’individu qui aura su jouer sur sa bonhomie et son côté franchouillard… bien aidé par Les Guignols de L’Info de Canal+ à l’époque… une époque qui est déjà bien lointaine… et c’est finalement peut-être cela qui provoque le plus d’émotion : la nostalgie d’un temps passé.
Une émotion qui dépasse largement les personnalités politiques puisque des badauds ont même pris de leur temps pour rendre hommage au mort à l’Elysée… en attendant un hommage dit « populaire » aux Invalides dimanche.
Une pluie d’hommage que n’aurait pas renié le président Chirac, grand amateur de repentance et de minute de silence. Précurseur en la matière, il aura largement contribué à la mièvrerie sentimentale qui agite le pays a chaque attentat ou décès de personnalité. Aujourd’hui c’est lui qui en est bénéficiaire.
Ce sujet sera abordé lors du JT de TV Libertés de ce soir.