April 18, 2019
Jair Bolsonaro serait-il un fossoyeur des identités ?

Le président brésilien fraîchement élu, Jair Bolsonaro, suscite de plus en plus d’inquiétudes concernant la gestion des tribus autochtones du pays. Ces dernières ont entamé une lutte judiciaire et politique pour leur survie.
Le « candidat surprise » de l’élection présidentielle de 2018 l’avait déclaré pendant sa campagne : aucun centimètre carré de terre ne sera octroyé aux indigènes sous sa mandature… tout en ajoutant qu’il était « dommage que la cavalerie brésilienne ne soit pas aussi efficace que les américains, qui ont exterminé les indiens ».
Les attaques, d'abord verbales, se sont rapidement transformées en actes avec, dès le premier jour de la présidence Bolsonaro, le retrait de prérogative de démarcation et des territoires autochtones à la "Funai", le département chargé jusqu’alors de gérer cette question au profit du ministre de l’agriculture Tereza Cristina Correa da Costa, ancienne lobbyiste de l’agro-alimentaire et grande amatrice de pesticides.
L’administration Bolsonaro a également tenté de supprimer le système de santé des autochtones, système décentralisé et adapté à ces populations, pour les renvoyer aux services municipaux surchargés et dont l’efficacité laisse à désirer. Après l’occupation de bâtiment public par les principaux intéressés, le gouvernement a finalement fait marche arrière dans ce dossier.
A ces oppositions étatiques aux peuples locaux, s’ajoute le climat de défiance à l’égard des textes défendant les terres des autochtones. Ainsi, des opportunistes pénètrent dans des réserves dans l’espoir de voler de l’or, des diamants, du cuivre ou encore du bois et cela dans l’indifférence totale des autorités politiques et de la police du Brésil.
Outre ces attaques, l’exécutif envisage de retirer le Brésil de la convention de l’ONU sur les droits des peuples tribaux et autochtones. Un texte qui reconnaît l’ensemble des droits garantissant la survie des peuples natifs. Un retrait de la convention priverait les autochtones des moyens légaux de se défendre. Car s’ils sont menacés, ces peuples disposent encore d’outils de défense, ainsi le parti socialiste brésilien a déposé une plainte contestant l’ordonnance donnant au ministère de l’agriculture le pouvoir de statuer sur les territoires et la mesure devra passer devant le Congrès. Mais face à M. Bolsonaro et aux grands groupes qui le supportent, la bataille paraît bien déséquilibrée.
Souvent montré en exemple comme une réussite de type populiste dans les milieux patriotes français, le nouvel homme fort de Brasilia pourrait bien se révéler être le fossoyeur des identités ethniques et culturelles ancestrales du territoire brésilien.