October 17, 2019
La BCE écrase les prix et… les banques

Impertinences
Le modèle bancaire actuel est entré en agonie. Le système est victime de la politique monétaire de la Banque centrale européenne (la BCE), beau résultat pour une Europe qui devait assurer la croissance, qu’on en juge : licenciements ou démissions des dirigeants, et une très mauvaise image des banques et des « conseillers en clientèle », mais aussi fermetures d’agences – 250 en France pour HSBC –, licenciements massifs (20 000 pour la Deutsche Bank, 14 000 pour HSBC), les banques italiennes au bord de la faillite, la Société générale fragilisée, etc. Bref, la BCE, c’est un peu « l’ours et l’amateur des jardins » !
Pour ne prendre que l’exemple de la France, la « bancarisation » des ménages (ce terme horrible désigne leur entrée en banque et l’utilisation consécutive du chèque) ne date que de l’époque de Giscard. Seuls les fonctionnaires et les cadres supérieurs utilisaient ces services bancaires, les ouvriers étaient encore payés à la semaine, en liquide. Le changement de paradigme s’opéra sous Mitterrand. La loi bancaire de 1984 promulguée sous le gouvernement Mauroy (mondialisation oblige) eut pour conséquence d’abolir la distinction entre banque de dépôt et banque d’affaires. Comme aux USA où l’on supprima le Glass-Steagall Act (1933, établi sous Roosevelt pendant le New Deal). Dès lors le risque lié à l’effet de levier pouvait se pressentir, les banques allaient s’aventurer au-delà de leurs fonds propres dans leurs engagements financiers. Pour les ménages, ce fut l’arrivée de la carte à puce et des fameux distributeurs de billets, symboles du « progrès », maintenant en voie de réduction et ce, singulièrement, dans les banlieues, au grand dam des populations. Tandis que l’argent liquide tend à se raréfier, ce qui est logique en période de taux d’intérêt négatifs.
Fin du modèle et économie zombie
Le fameux quantitative easing, entendez la planche à billets, engendre des taux d’intérêt négatifs, des bulles, des entreprises zombies (en survie artificielle), une incapacité des systèmes de retraite et de pension à se financer. L’impact négatif des taux d’intérêt extrêmement bas s’étend du système bancaire à l’ensemble du secteur financier, en passant par les compagnies d’assurances. Comment expliquer alors ce curieux paradoxe : les banques voient s’assécher leur liquidité interbancaire (les prêts qu’elles se font entre elles) et, par ailleurs, la BCE déverse en masse des liquidités ? L’explication tient dans le fait que les taux d’intérêt négatifs n’attirent plus les clients vers les produits d’épargne, tandis que les assurances-vie en obligations ne rapportent plus. Ainsi, le Crédit mutuel a-t-il été obligé de recapitaliser sa filiale assurance-vie (Arkea). La BCE s’efforçant en quelque sorte de remplacer les clients.
Mais, par ailleurs, ces facilités monétaires augmentent artificiellement le prix des actifs (immobilier, bourse) à un niveau qui risque d’entraîner une sévère correction du marché.
Les taux d’intérêt ont perdu leur fonction en tant que prix qui rémunèrent et rationnent l’offre limitée de capital. Plus la politique de taux d’intérêt extrêmement basse et l’inondation des marchés en liquidités se prolongent, et plus le potentiel de crise est grand. Ses caractères seront très différents de ceux que nous avons connus auparavant. Même Attali et Minc, après 30 ans de prêt-à-penser économique, avouent leur impuissance à l’interpréter. En revanche, on peut penser que cette pratique a pour but de protéger les gouvernements très endettés d’une hausse des taux d’intérêt selon Jacques de Larosière (ancien directeur du Fonds monétaire international). La BCE veut éviter (à quel prix !) l’explosion de la zone euro via une montée des taux si on laissait faire les marchés.
Olivier Pichon pour Présent