October 25, 2019
La carte judiciaire, une arme électorale pour La République En Marche ?

Alors qu’Emmanuel Macron effectue sa tournée des îles, une note confidentielle vient semer le trouble en métropole. Selon une révélation du Canard enchaîné, la chancellerie envisagerait de maintenir ou de supprimer des postes de juges en fonction des résultats obtenus par le parti présidentiel en mars prochain lors des élections municipales.
La chancellerie sur le banc des accusés
Déjà malmené depuis sa prise de fonction, le garde des Sceaux, Nicole Belloubet, voit une nouvelle ligne s'ajouter à son dossier. Mercredi, le Canard Enchaîné a dévoilé un extrait d'une note confidentielle selon laquelle le ministère de la Justice envisagerait de maintenir ou supprimer des postes de juges en fonction des résultats électoraux de La République en marche, lors des municipales de mars prochain.
Pour cela, la chancellerie aurait sollicité une réunion avec l'un des conseillers du Premier ministre et les experts des élections municipales de la République en marche pour connaître les villes potentielles cibles électorales et ainsi différer les annonces de la réforme de la carte judiciaire. Traduction : les villes où la République En Marche n'arriverait pas en tête pourraient voir des postes de juges supprimés ! D'autant que la loi de réforme de la justice, promulguée en mars dernier, permet la suppression de juges d'instruction dans des circonscriptions lorsqu'il y a plusieurs tribunaux dans un département.
Une volonté de mainmise du politique sur l'organisation judiciaire pour préserver l'électorat macronien ?
Si, en apparence, le ministère de la Justice souhaiterait réduire le nombre de juges traitant moins de 50 dossiers par an, en réalité, la stratégie apparaît bien plus politique.
Exemple parlant : la ville de Montluçon dans l'Allier, avec un juge d'instruction traitant «22 dossiers par an». Ce dernier pourrait être épargné de ce coup de sabre pour une raison très simple.... la circonscription est détenue par un député LREM et Emmanuel Macron avait réalisé un score honorable lors du premier tour de la présidentielle de 2017... Il s'agirait donc de préserver l'électorat macronien. Une stratégie que la principale concernée, Nicole Belloubet, n'a pas pu nier mais le garde des sceaux s'est défendu de toute forme de favoritisme. Une justification loin d'être suffisante surtout pour l'union syndicale de la magistrature (USM). L'USM a dénoncé la mainmise du politique sur l'organisation judiciaire, une mainmise qu’elle qualifie de totalement inacceptable dans une “démocratie digne de ce nom”.
Pour le syndicat, il s'agit d'une scandaleuse instrumentalisation de la réforme de la Justice à des fins électoralistes. Même son de cloche pour une vingtaine de députés de droite. 24 ont écrit à Emmanuel Macron pour qu’il s’exprime sur cette révélation. De fait, la République en marche et son nouveau monde prend progressivement des airs de République des copains où la séparation des pouvoirs, principe déjà bien hypothétique, devient peu à peu illusoire.