July 03, 2023
[La Chronique Agora] Quand les gouvernements détruisent la valeur : L’innovation technologique est vaine sans l’esprit d’entreprise. L’intervention des Etats pour réguler celui-ci mène ainsi à limiter le progrès économique.
![[La Chronique Agora] Quand les gouvernements détruisent la valeur : L’innovation technologique est vaine sans l’esprit d’entreprise. L’intervention des Etats pour réguler celui-ci mène ainsi à limiter le progrès économique.](https://tvl.fr/upload/media/article/0001/25/9c70ce9de8a5f26c244d8f1b9f2d868e81a18dac.jpg)
Les technocrates mettent fréquemment la pression sur le gouvernement américain pour qu’il augmente ses dépenses de R&D afin de rester en avance sur la Chine. L’idée est que les dépenses publiques de R&D soutiendront l’innovation et la croissance économique, car la recherche fondamentale permet de réaliser des découvertes scientifiques ouvrant la voie à de nouvelles innovations technologiques.
En réalité, cette idée est erronée, car l’histoire montre que la science est souvent en retard sur la technologie. Les innovations qui ont précédé l’avènement de la science moderne en Europe se sont produites sans avancées cruciales en matière de connaissances scientifiques.
Mais cela n’enlève rien à l’importance de la science puisque, comme l’explique l’historien de l’économie Joel Mokyr, la révolution industrielle en Europe a pu se poursuivre, contrairement aux épisodes précédents de progrès industriel, car l’Europe avait développé une base épistémique suffisante pour alimenter les progrès scientifiques et techniques. Bien qu’il soit possible de continuer d’améliorer la technologie sans progrès scientifique préalable, les progrès de la science facilitent l’innovation technologique.
Le progrès économique précède le progrès scientifique
Ces constats devraient aider à orienter les politiques contemporaines d’innovation en montrant que l’innovation n’est pas le produit de programmes de recherche scientifique soutenus par l’Etat, elle est au contraire impulsée par la demande du marché. L’innovation est donc créée par des entrepreneurs et des travailleurs du secteur privé qui cherchent à répondre aux désirs des consommateurs.
L’économiste Nathan Rosenberg, dans un article intitulé « La science est-elle à l’origine du progrès économique ou est-ce l’inverse ? », fait remarquer que les innovations sont généralement une réponse des entreprises à des problématiques purement commerciales.
De façon similaire, une étude de B. Zorina Khan s’intéressant aux profils des inventeurs durant la révolution industrielle britannique indique que les scientifiques étaient en fait peu représentés parmi les grands inventeurs. Cormac Ó Gráda fait remarquer dans un essai que le capital humain était certes essentiel à la révolution industrielle, mais qu’il s’agissait avant tout des compétences et de la dextérité des artisans.
Les innovations sont testées sur le marché avant même qu’elles soient devenues viables et les travailleurs jouent un rôle essentiel pour tester et améliorer les nouveaux produits afin qu’ils soient prêts à être commercialisés.
En revanche, les gouvernements sont incapables de comprendre que l’innovation doit répondre aux besoins du marché et non servir à des fins politiques. En général, le pouvoir politique est incité à financer des idées jugées socialement importantes plutôt qu’utiles économiquement. Par exemple, les gouvernements à travers le monde mettent en place des mesures visant à encourager la population à acquérir un véhicule électrique. Mais une telle politique n’est pas pertinente puisque, si les véhicules électriques sont véritablement utiles, alors les consommateurs en feront l’acquisition sans incitation du gouvernement.