March 30, 2023
[La Chronique Agora] Récession ou inflation ? Les banques centrales se retrouvent toujours face au même dilemme, mais elles peuvent encore changer la direction apparemment choisie.
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Bien que de nombreux investisseurs soient actuellement préoccupés par l’augmentation des taux d’intérêt, ils semblent toujours ignorer un risque plus important encore : la probabilité d’une crise de liquidité en 2023.
Au cours de l’année dernière, les bilans des banques centrales ont à peine, voire pas du tout, diminué. La réduction du bilan des principales banques centrales s’explique en réalité majoritairement par la baisse de la valeur des titres obligataires qu’elles ont accumulés et par l’affaiblissement de certaines devises plutôt que par des ventes d’actifs.
Dans le contexte de déficits publics qui ne diminuent guère et même, dans certains cas, qui continuent d’augmenter, les investisseurs doivent tenir compte du risque d’une réduction significative des bilans des banques centrales. Un resserrement quantitatif imposé par les banques centrales combiné au refinancement des déficits publics, en dépit de taux d’intérêt plus élevés, auront pour effet de drainer les liquidités des marchés financiers. Cela entraînera inévitablement une contraction des liquidités disponibles à l’échelle mondiale bien plus importante que ce qu’indiquent les données officielles.
L’effet multiplicateur de la panique
De la même manière que les injections de liquidités ont clairement un effet multiplicateur au travers des mécanismes de transmission de la politique monétaire, les retraits de liquidités ont un effet récessif. Une augmentation d’une unité monétaire de l’actif du bilan d’une banque centrale se traduit au travers des mécanismes de transmission par une augmentation des liquidités en circulation dans l’économie au moins cinq fois supérieur. A présent, vous pouvez faire les calculs, mais gardez à l’esprit que les dépenses publiques seront financées.
Nous avons tendance à croire que les liquidités ne peuvent disparaitre. En raison du syndrome FOMO [NDLR : « Fear of missing out », c’est-à-dire la peur de rater une opportunité], les investisseurs ont augmenté leur exposition aux actifs risqués et ajouté des actifs illiquides à leurs portefeuilles au cours des années d’expansion de la masse monétaire. En période d’excès de création monétaire, les ratios de valorisation des actifs ne cessent de croitre.
Comme nous pouvions toujours compter sur une augmentation des liquidités, lorsque les prix des actifs connaissaient une phase de correction au cours des deux dernières décennies, la meilleure stratégie consistait à « acheter les creux » en doublant la mise. Les investisseurs étaient en effet persuadés que l’inflation resterait faible et que les banques centrales continueraient d’accroître leurs bilans et d’injecter des liquidités, les sauvant ainsi de toute mauvaise décision d’investissement.