Une dizaine de journalistes convoqués aux services de renseignement en seulement quelques mois… une pratique qui inquiète pour la liberté de la presse et qui interpelle sur le rôle de la France dans la guerre au Yémen.
Une dizaine de journalistes convoqués par la DGSI
Une dizaine de journalistes français ont été convoqués en seulement quatre mois par la Direction Générale de la Sécurité Intérieure (DGSI). Les services de renseignement intérieur de la police judiciaire, qui dépendent du ministère de l’Intérieur, ont ouvert une chasse aux journalistes qui inquiète les professionnels de la presse.
La liberté de la presse en danger en France ?
Si l’un des journaliste convoqué, Ariane Chemin, du Monde, l’a été dans le cadre de l’affaire Benalla, les autres l’ont été dans le cadre d’informations divulguées sur le rôle de la France dans le conflit yéménite. C’est le cas notamment de Michel Despratx, journaliste et réalisateur indépendant qui exerce auprès de médias comme Canal +, les Inrock mais aussi le site web d’investigation Disclose dans lequel il a révélé le rôle de la France dans la vente d’armes à l’Arabie Saoudite. Son interrogatoire avait un but : savoir d’où venaient ses informations.
La France aurait-elle quelque chose à se reprocher ?
L'État aurait-il peur de la présence de "taupes" au sein des renseignements français ? Il semblerait en tout cas que les services se soient mis en branle dans cette affaire… comme si Paris avait quelques choses à cacher. En l’occurrence sa place dans la guerre au Yémen et le rôle pas franchement humaniste du gouvernement dans cette affaire… Et si l’enjeu de ces interrogatoires est la protection des secrets de la défense nationale, il se heurte à la protection de la liberté de la presse.
Défense d'intérêts nationaux ou financiers ?
Cette affaire, qui vise soit disant à défendre les secrets de la défense nationale, cache en réalité la défense d'intérêts financiers, car dans le conflit qui agite le Yémen et qui fait des centaines de milliers de morts (militaires comme civils), la sécurité des citoyens français n’est pas la question. Il s’agit avant tout de vendre des armes à l’Arabie Saoudite, qui est le deuxième client de la France en matière d'armement… et donc soutenir indirectement Riyad dans son entreprise meurtrière au Yémen où se déroule un conflit par pays interposé entre l’Arabie Saoudite et l’Iran.
Les révélations successives sur le rôle de la France ont en tout cas de quoi inquiéter le gouvernement dont la défense repose sur le mensonge… mensonge dont le ministre de la Défense Florence Parly se fait le porte-voix :
En essayant de peser ses mots, le ministre nous explique que la France vend bien des armes offensives à un Etat comme l’Arabie Saoudite, qui par ailleurs a soutenu Daech, mais ne sait pas si Ryad se sert de ce matériel pour tuer… la ficelle est un peu grosse… et les difficultés qu’éprouve le ministre Parly a défendre la position de Paris à de quoi inquiéter sur le rôle que joue la France dans les massacres de civils au Yémen. Et pourtant la France pourrait arrêter de livrer des armées à l’Etat Saoudien…
La France sait aussi interrompre des processus… mais apparemment cela semble plus facile d’interrompre la vente d’arme à la Russie qu’à l’Arabie Saoudite. Derrière ce qui pourrait paraître une incohérence se cache naturellement un choix stratégique : celui de se plier à la doxa étasunienne au Proche-Orient. Comprendre soutenir les Saoud contre l’Iran, ici dans le cadre du conflit au Yémen.
L’opinion pourrait cependant faire infléchir même timidement les choix stratégiques de Paris… déjà à Marseille, les dockers de la CGT ont refusé d’embarquer des « armes destinées à tuer des civils »… avant de finalement s’exécuter. Un épisode qui témoigne d’une certaine inquiétude vis-à-vis du rôle de la France dans le conflit yéménite. Une inquiétude entretenue par le climat de petite terreur que l’exécutif entend faire régner auprès des journalistes qui aurait le malheur de pointé du doigt le rôle criminel de Florence Parly et de l’Etat français dans la guerre au Yémen.