March 08, 2022
La Une du Journal Présent du 08/03/2022

GUERRE MÉDIATIQUE : SILENCE RADIO
Sur fond d’accusation de partialité voire de désinformation, les médias RT et Sputnik ont été suspendus en Europe, tandis qu’en Russie c’est Écho de Moscou et TV Dojd qui ont été fermés par les autorités. D’un côté comme de l’autre, l’heure est aux versions officielles. C’est le moment de lire Présent !
La radio russe Echo de Moscou, souvent citée par les médias étrangers et présentée comme gage de l’existence de médias indépendants et critiques du gouvernement en Russie, ainsi que la télévision Dojd, chaîne de télévision indépendante créée en 2010 par la journaliste et entrepreneuse Natalia Sindeïeva et première chaîne d’opposition en Russie, ont été fermées par les autorités russes. Il ne s’agit pas, comme le prétend le site Boulevard Voltaire d’habitude mieux inspiré et mieux renseigné, d’une mesure de rétorsion à la fermeture dans les pays occidentaux des médias RT et Sputnik, accusés d’être des canaux de propagande du Kremlin à l’étranger (ce qu’ils sont, mais ils avaient aussi le mérite, en tout cas pour RT France, d’être une alternative utile et de qualité aux grands médias pour ce qui est des événements dans l’Hexagone). Il s’agit en effet de médias russes tandis que les rétorsions ont frappé les médias occidentaux émettant ou publiant en langue russe en Russie.
Le motif de la fermeture de ces médias, c’est qu’ils ont appelé « guerre » ce que le Kremlin présente comme une « opération spéciale » en Ukraine, et qu’ils ont osé parlé des villes bombardées et refusé de reprendre la rhétorique officielle sur la « libération » de l’Ukraine d’un « régime néo-nazi » qui aurait été imposé aux Ukrainiens par Washington.
C’est le 3 mars que le conseil de surveillance de la radio Echo de Moscou a annoncé la liquidation de cette radio et que la rédaction de TV Dojd informait ses téléspectateurs de la suspension des émissions. La veille, l’autorité russe des médias Roskomnadzor avait, à la demande du parquet, restreint l’accès à ces deux médias en les accusant d’avoir « fait paraître des contenus avec des appels à des actions extrémistes et à la violence » et d’avoir « volontairement diffusé des informations fausses sur l’action des forces armées russes en Ukraine », et encore d’avoir appelé la société civile à des manifestations illégales et à renverser l’ordre constitutionnel. Il avait été ordonné aux deux médias de supprimer les contenus incriminés et de mettre immédiatement fin à ces « infractions », faute de quoi ils seraient fermés. Ils ont refusé d’obtempérer.
La radio Echo de Moscou a conservé un canal YouTube actif mais son site Internet n’est plus accessible. En ce qui concerne Dojd, la rédaction a informé qu’une partie de ses journalistes, parmi lesquels le rédacteur en chef Tikhon Dzyadko, avaient quitté la Russie par crainte pour leur sécurité.
Vendredi, le président russe Vladimir Poutine a signé la loi votée en un temps record par le Parlement pour permettre d’infliger des peines pouvant aller jusqu’à 15 ans de prison à toute personne diffusant des « informations mensongères » sur les forces armées russes et sur leurs opérations en Ukraine. La nouvelle loi a conduit plusieurs médias étrangers à suspendre leur activité en Russie pour ne pas risquer de voir leurs journalistes ou employés condamnés à de lourdes peines. C’est le cas de médias comme la BBC et CNN, mais aussi de Netflix et du réseau social chinois TikTok qui a bloqué la diffusion de vidéos depuis la Russie. Plusieurs médias russes ont également fait savoir qu’ils étaient contraints par la nouvelle loi de supprimer certains contenus et d’autres ont encore été fermés par le Roskomnadzor au cours du week-end écoulé. •