Le blocage du canal de Suez nous rappelle que la mondialisation tient à peu de choses
Une artère de l'économie mondiale se bouche
Dans la nuit du mardi 23 au mercredi 24 mars, le navire "Ever-Given", un porte-conteneurs de 400 mètres de long, 59 mètres de large et pesant plus de 220.000 tonnes, qui acheminait sa cargaison entre la Chine et les Pays-Bas, s’est échoué en travers du canal de Suez, en Egypte, le rendant totalement inutilisable. Un évènement qui, s'il devait durer trop longtemps, pourrait avoir des répercussions sur une économie mondiale déjà obstruée depuis plus d'un an par une crise sanitaire et économique qui semble sans fin.
Si certains experts estiment que l'impact de cet accident est limité, car il n'entraînera que des retards, l’impact se fait sentir sur les échanges commerciaux. Selon les données de Lloyd’s List, une revue spécialisée dans le transport maritime, le blocage du canal de Suez entrave le déplacement d’environ 12,1 milliards de dollars de marchandises par jour. Toujours selon la publication spécialisée, le canal représente 10% du commerce maritime international.
Le sauvetage du porte-conteneurs plus compliqué que prévu ?
Selon le site d'actualité maritime "Mer et Marine", la situation du navire échoué depuis mercredi matin ne s’améliore pas, même après qu'une flottille de huit remorqueurs soit intervenue dans les heures suivant l’accident. Compte-tenu du poids de l'Ever-Given, il est très délicat de tirer sur sa coque sans risquer d’en fragiliser sa structure et il semblerait, toujours selon Mer et Marine, qu’un allègement du navire soit quasi-inévitable. Une tâche qui nécessiterait alors encore plus de temps et de matériel, notamment une très grande grue, dont le nombre est relativement restreint.
Un avis partagé par l'agence de presse Bloomberg, qui rapporte que le désensablement du navire ne suffira pas et qu'il faudra aussi attendre une bonne marée – le canal pourrait donc resté bloqué jusqu’au 31 mars inclus.
Cependant, le président de la compagnie japonaise Shoei Kisen, propriétaire du navire échoué, reste confiant et déclare que «Nous sommes en train d'éliminer les sédiments, avec des outils de dragage supplémentaires» et espère un déblocage du Ever-Given pour « demain (samedi) soir », c’est-à-dire dans la nuit de samedi à dimanche au Japon. « Le navire ne prend pas l’eau. Il n’y a aucun problème avec ses gouvernails et ses hélices. Une fois qu’il aura été renfloué, il devrait pouvoir fonctionner », a ajouté le dirigeant.
La mondialisation et le gigantisme tiennent à peu de choses
Quelle que soit l'issue de cette histoire, cet incident aura montré que l'équilibre fragile mis en place par les géants de la mondialisation pouvait rapidement être rompu. Et à ce jour, l'Ever-Given est toujours bloqué.
Sur les marchés spot, le cours du pétrole s’est déjà apprécié de 5% et des répercussions en cascade sur les livraisons d’usines et la production des biens manufacturés sont attendues, rapportent notamment nos collègues de Breizh Info.
Certains s’interrogent également sur la capacité des assurances de répondre aux demandes d’indemnisation – ce genre de navire est assuré à hauteur de 140 millions de dollars en moyenne, or le canal de Suez passe chaque jour une cinquantaine de navires et pour 3 milliards de dollars de marchandises. « Il est très probable que les indemnités demandées soient très supérieures à la somme de l’assurance du navire au Japon », s’interroge le canal Telegram spécialisé sur l’information maritime @first_morskoy
Enfin, le blocage du canal de Suez pourrait même* «commencer à créer des problèmes dans une semaine en Europe, où certaines industries devront ralentir leur production parce que les composants dont ils ont besoin ne sont pas encore arrivés »*, explique notamment Ari Van Assche, professeur au Département d’affaires internationales de HEC Montréal, en entrevue avec Le Devoir.