“Castigat ridendo mores” (Elle corrige les moeurs en riant - devise des comédiens italiens).
C’est en quelque sorte ce que Jean-Yves Le Gallou, ayant fondé Polémia il y a 15 ans, essaie de faire selon la devise de la comédie : réformer les mœurs (des médias) en les moquant, faire rire des journalistes pour les inciter à ne plus recommencer. Mais si les médias sont incorrigibles – cette 10e cérémonie des bobards l’a bien montré – et incapables de faire leur « media culpa », selon l’expression du fondateur de Polémia, le « ridendo », en revanche, joue pleinement son rôle : humour et bonne humeur colorent la soirée.
La cérémonie s’est déroulée devant le public enthousiaste qui remplissait la salle du charmant théâtre Marie Bell, dans le 10e arrondissement de Paris, non loin de l’ancien quartier de la presse. Damien Rieu, identitaire, a insisté dans une vidéo présentée en début de programme sur l’importance de la « réinfosphère » et la nécessité de toujours s’améliorer, de toujours progresser.
Puis, selon le rite désormais traditionnel, vint le choix d’un journaliste, celui qui a menti le mieux, à qui l’on remet le Bobard d’or, dans trois catégories : le « Golden Bobard » pour un mensonge concernant l’actualité internationale, le « Bobard classique » concernant la France et, cette année, actualité oblige, le « Bobard Gilet jaune ». Chaque catégorie étant présentée et commentée (même si l’on ne doit pas influencer le public) par deux journalistes présents sur la scène.
[caption id="attachment_28278" align="aligncenter" width="1005"] Martial Bild et Ferenc Almassy sur la scène.[/caption]
L’assassinat de la tigresse
Martial Bild, représentant avec panache TVLibertés, était chargé de la première séquence, accompagné de Ferenc Almassy, fondateur et rédacteur en chef du Visegrad Post, créé en Hongrie il y aura bientôt trois ans avec le soutien de TVLibertés et spécialisé dans la dénonciation des bobards concernant l’Europe centrale. Trois Bobards avaient été retenus pour être départagés par le public : les « cages à enfants » du président Donald Trump, à preuve une photo… datant de la présidence d’Obama ; la nouvelle d’une chasse aux migrants organisée par « l’extrême droite » en Allemagne, destinée en fait à faire oublier le meurtre d’un jeune Allemand par trois migrants ; enfin, présentée par France 2, la fameuse « chasse au tigre » du méchant Poutine que l’on voyait près de sa victime… en pleine santé, merci, la tigresse est en pleine forme et n’avait été que capturée pour être soignée. C’est ce dernier bobard qui a gagné haut la main la faveur du public.
Après une rapide rétrospective des Bobards des années précédentes, très édifiante, Vivien Hoch, de Nouvelles de France, et Claude Chollet, de l’OJIM –l’Observatoire du journalisme, qui mène un remarquable travail d’information depuis maintenant sept ans sur « ceux qui nous informent » – ont présenté à leur tour trois bobards plus proprement français : Clément Viktorovitch « démontrant », chiffres à l’appui, bien sûr, que l’immigration massive en France n’était qu’un pur fantasme (!) ; le rôle de robots russes poussant l’affaire Benalla sur internet ; et une marche blanche contre l’antisémitisme, à laquelle tous les partis appelaient… sauf le FN. Là encore, c’est avec l’enthousiasme du public que le prix fut décerné au jeune Clément Viktorovitch, pur produit de la rue Saint-Guillaume et de Science-Po, très prometteur : on risque de le revoir ces prochaines années…
Les Gilets jaunes
Puis la séquence Gilets jaunes prit place, sous la houlette de Samuel Lafont, créateur du site Damoclès, et de Kim, jeune femme Gilet jaune s’exprimant fort bien. Signalons les apparitions d’Apathie sur l’écran, jamais décevant : pur moment de bonheur que celui de sa défense de l’honnêteté et de l’intégrité des confrères !
Le bobard « photoshoppé », avec le panneau « Macron dégage » devenu purement et simplement… « Macron », semblait intéressant. La nouvelle qu’il n’y avait eu aucun blessé grave par la police durant les manifestations retenait également l’attention. Mais le pompon, fort apprécié du public et finalement gagnant, fut le drapeau fleurdelisé de la Picardie décrypté par un « expert » sur CNews, Sylvain Boulouque, comme… un drapeau de l’ultra droite. La boulette de Boulouque a donc remporté la mise. Puis le témoignage de la jeune Fiorina, gravement blessée dans les manifestations des Gilets jaunes, émut le public.