March 23, 2020
Les prisons s’embrasent - Thibault Bastide

Les Français restent chez eux, les prisonniers veulent prendre l’air. Depuis le début de l’épidémie de coronavirus, la situation est explosive dans les centres pénitentiaires. Le constat s’est d’ailleurs aggravé après la mort d’un détenu de la prison de Fresnes contaminé par le coronavirus la semaine dernière. Dès l’annonce mardi dernier de la suspension des parloirs pour les familles rendant visite aux détenus, conséquence du confinement général de la population française, des incidents ont éclaté dans plusieurs établissements pénitentiaires. A Grasse dans les Alpes-Maritimes, l’administration pénitentiaire a recensé une trentaine de mouvements collectifs. Certains ont refusé de réintégrer les cellules à l’heure prévue après les promenades dans les cours des prisons. Plus grave encore, les mutineries se sont multipliées ces derniers jours un peu partout en France. La plus spectaculaire d’entre elles s’est déroulée à Béziers samedi. Près de 80 détenus ont refusé de réintégrer leurs cellules à l’issue de la promenade. Certains sont parvenus à découper les grillages avant d’accéder aux zones interdites. Leurs petits camarades ont filmé ce qu’il se passait avec leur téléphone portable et ont diffusé les images sur les réseaux sociaux. Une autre mutinerie s’est déroulée samedi en fin de journée à la maison d’arrêt de Draguignan dans le Var. Une quarantaine de détenus a bloqué les accès à une cours de promenade et s’est attaquée aux grillages et aux caméras de vidéosurveillance. D’autres incidents du même type se sont produits dans d’autres prisons, notamment à la maison d’arrêt de Lille-Sequedin, à Marseille, à Roanne, à Aix-Luynes, à Nanterre, à Varennes-le-Grand, au Mans ou encore à Uzerche en Corrèze. 200 détenus ont refusé de regagner leurs cellules, et les surveillants ont perdu le contrôle du bâtiment «C» de l’établissement. Une quarantaine est montée sur les toits. Des matelas ont été brûlés, et c’est au total près de 250 cellules qui ont été rendues inutilisables.
Une situation explosive et une réponse pénale attendue
Face à la crainte de voir ces scènes se reproduire et se durcir, l'Administration pénitentiaire a assuré que la réponse pénale serait ferme à l’encontre des détenus. Pourtant, la volonté du ministre de la Justice, Nicole Belloubet, semble être toute autre. Vendredi, le garde des sceaux a ouvert la voie à la libération anticipée de détenus malades et d’autres en fin de peine. Nicole Belloubet a également donné instruction de ne pas mettre à exécution les courtes peines d’emprisonnement pour ne pas faire entrer de nouveaux individus en prison. Par ailleurs, les mesures compensant la suspension des parloirs...télévision gratuite pour tous les détenus, forfait téléphonique et aide pécuniaire pour les plus démunis... sont entrées en vigueur ce lundi.
Thibault Bastide