March 17, 2020
Libye : menace migratoire et ingérence turque

Les garde-côtes libyens renvoient des migrants interceptés en mer. C’est au large de la Libye que quelques 406 personnes ont été interceptées alors qu’elles tentaient de rejoindre Malte. Renvoyés à Tripoli, la capitale dirigée par le gouvernement d’entente nationale de Fayez el-Sarraj, ces migrants seraient, selon certaines ONG, dans une situation « préoccupante quant à leur sécurité ». Alors que la crise migratoire penche largement sur le front turc à la faveur des menaces de Recep Tayyip Erdogan vis-à-vis de l’Union Européenne, ces mouvements libyens laissent entrevoir la possibilité d’une nouvelle brèche.
Un conflit international
Et pour cause l’instabilité du pays depuis l’assassinat de Mouammar Khadafi en 2011 voit aujourd’hui s’affronter l’armée du maréchal Haftar, qui soutient le gouvernement de Tobrouk au gouvernement d’Union National de Tripoli. Celui-ci est appuyé par la Turquie. Décidément sur tous les fronts, Ankara aurait par ailleurs perdu plusieurs soldats dans l’attaque d’un aéroport de la capitale libyenne dimanche dernier. De son côté, le maréchal Haftar semble bénéficier du soutien de Damas dans son action… Une alliance scellée officiellement début mars, à la faveur de la réouverture de l’ambassade libyenne à Damas par le gouvernement est-libyen qui soutient le maréchal.
Un revirement des pays du Golfe ?
Au-delà de l’axe syro-libyen et de l’entente Tripoli-Ankara, se dessine le redécoupage des équilibres régionaux. En effet, en admettant de composer avec le maréchal Haftar, la Syrie fait un pas en direction du camp saoudien (proche également du maréchal). Un étonnant revirement de situation alors que les Emirats et l’Arabie Saoudite avait dans un premier temps encouragé les organisations terroristes dites « rebelles » en Syrie pour faire chuter le président Bachar el-Assad. En décembre 2018, Abou Dhabi avait déjà fait un premier pas dans ce sens en rouvrant son ambassade à Damas avant d’être suivi par Bahreïn.
A travers ces alliances régionales changeantes évoluent ou évolueront également les positions d’autres acteurs impliqués dans la région, on pense évidemment aux États-Unis, allié indéfectible de Riyad et de la Russie soutien de Damas.
Olivier Frèrejacques