Le ramadan à peine terminé, l’islam en France se déchire. Alors que le gouvernement a promis une grande restructuration, les divisions sont plus que jamais présentes entre les sept branches de l’islam en France. Au cœur de ce désordre ambiant : le Conseil français du culte musulman (CFCM).
L'Islam en France en pleine crise
Alors que le mois du ramadan, marqué par la ferveur des prières et le jeûne diurne, s'est achevé mardi, la deuxième religion du pays traverse une forte zone de turbulence.
Si les divisions entre les sept branches de l'islam en France sont régulières, cette nouvelle déchirure paraît plus profonde et son épicentre se nomme le Conseil français du culte musulman. En effet, le CFCM, souvent pointé du doigt depuis sa création en 2003 par l'État, est cette fois-ci contesté de toute part.
L’Islam de France en plein casse-tête chinois
Le CFCM en manque de crédibilité
Concurrencé par d’autres initiatives communautaires, l'instance semble également perdre sa crédibilité. Alors qu'Emmanuel Macron a promis une restructuration en profondeur, le gouvernement va jusqu'à douter de sa représentativité réelle dans la ou plutôt les communautés.
Dernier exemple en date: lors du dîner organisé pour fêter la rupture du jeûne le 28 mai dernier. Comme tous les ans, le CFCM avait convié de nombreux représentants de l’État à ce repas mais aucun membre du ministère de l’Intérieur n’était présent... Christophe Castaner a même décliné l’invitation préférant se rendre à Strasbourg pour festoyer avec le Conseil régional du culte musulman. Preuve des réticences de l'Etat vis à vis de l'instance nationale.
Si l'exécutif se désunit du Conseil français du culte musulman, la vraie crise de l'Islam en France se passe en interne. Et pour cause, le CFCM ne trouve plus réellement d'échos auprès des différentes formes d'islam en France. Ainsi, de nouvelles plateformes ont vu le jour dernièrement avec pour ambition de déstabiliser le conseil français du culte musulman. C'est notamment, le cas de l'AMIF, l'Association musulmane pour l’islam de France, qui par une réforme du financement de l’islam dans le pays, vise à peser, à moyen terme, sur l’organisation de cette religion.
Division donc sur la légitimité mais également sur la méthode. En effet, une autre formation menée par l'ancien responsable du Collectif contre l’islamophobie en France, Marwann Muhammad, a pour ambition de fédérer les plus jeunes générations... générations de plus en plus séduites par l'islam radical. En 2016, une étude de l’Institut Montaigne estimait que 28 % des jeunes musulmans étaient attirés par le rigorisme religieux.
Des tensions persistantes qui pèsent également sur la tenue des élections du CFCM. Ces dernières ont d'ailleurs été reportées. Pour le moment, ces élections sont contrôlées par les quatre «familles» historiques et principales fondatrices du CFCM. Trois sont directement issues de l’immigration, algérienne, marocaine et turque. La quatrième famille est inspirée du mouvement des Frères musulmans, par nature transnationale.
Des composantes toutes dans l'incertitude. La branche algérienne fragilisée par l'épisode Bouteflika, la branche marocaine se déchirant entre l’Union des Mosquées de France de Mohammed Moussaoui et le Rassemblement des musulmans de France d’Anouar Kbibech.
De son côté, la branche turque pâtit des déclarations radicales d’Ankara, qui voudrait par exemple des collèges et lycées «turcs» sur le sol français.
Enfin, la quatrième famille, l’ex-UOIF inspiré des Frères Musulmans est dans la tourmente de l'affaire Tariq Ramadan.
Dans ce désordre ambiant avec des divisions d’origines géographiques et idéologiques, les familles traditionnelles en difficulté et des petites nouvelles en guerre ouverte, la Fondation dudit “islam de France”, septième et dernière branche, pourrait jouer le rôle de stabilisateur. Cependant, au vu des nombreuses divisions et des velléités de chacun, difficile de penser que l'islam en France puisse s'unifier autour d’un même et seul objectif.
Ce sujet sera abordé lors du JT de**TV Libertés** de ce soir