March 25, 2020
Nationalisations : la volte-face contre nature du gouvernement ? - Pierre Bergerault

« Si pour protéger notre patrimoine industriel, il faut aller jusqu'à la nationalisation, je n'aurai aucune hésitation », voilà comment le ministre de l’Économie voit les choses depuis l’arrivée de la crise sanitaire. Enclin aux privatisations à tout va comme avec la Française des jeux en novembre dernier, le gouvernement va-t-il réellement opérer un virage à 180 degrés ? Faut-il rappeler qu’Emmanuel Macron, alors secrétaire général adjoint de l’Elysée sous François Hollande, avait lui-même organisé la vente d’Alstom aux Etats-Unis ? Quoiqu’il en soit, voyons les raisons qui pourraient le contraindre à nationaliser.
Pour mémoire, une nationalisation est la prise de contrôle par l’Etat d’une entreprise par l’achat de plus de 50% de son capital. Ensuite, les raisons pouvant pousser l’Etat à réaliser une telle opération sont au nombre de trois. Il s’agit d’abord de sauver une société rentable mais à court de liquidité à un moment donné. Et c’est déjà le cas pour beaucoup depuis la proclamation du confinement. Deuxièmement, l’Etat peut vouloir sauver ses fleurons d’éventuels raids de puissances étrangères ce qui serait une première depuis la fin des années 90. Enfin, une nationalisation peut redonner du lustre à l’Etat-stratège en berne. En effet, depuis 1986, le nombre d’entreprises publiques a diminué de moitié.
Les entreprises qui pourraient être concernées sont celles affectées par la pandémie, comme Air France ou Renault. Et le temps presse car rien n’empêche un pays de réaliser une offre ce qui obligerait l’Etat à surenchérir. Mais ce n’est pas l’avis du patron de Bercy pour qui les nationalisations ne se feront qu’en « dernier recours ». Bruno Le Maire a toutefois déjà établi une première liste comprenant des entreprises ou l’Etat est déjà actionnaire. D’autres inscrites au CAC 40 seraient aussi dans le viseur même si elles préfèrent avoir recours aux banques. En tout état de cause, si nationalisation il doit y avoir, elles ne seront que temporaires.
Enfin, l’Etat peut simplement monter au capital d’une entreprise sans devenir majoritaire, comme pour PSA en 2014 ou se porter caution. C'est ce qu’il a fait en faisant voter le projet de loi de finances rectificative vendredi au Sénat avec une garantie de 300 milliards d'euros de prêts auprès des banques.
Quoiqu’il en soit, si Emmanuel Macron veut rempiler pour 5 ans lors de la prochaine présidentielle, l’accélération des événements ne lui donnera peut-être pas le choix d’agir contre son idéologie. Nous verrons si les appels du ministre de l’Economie à davantage de souveraineté économique n’étaient que des promesses sans lendemain.
Pierre Bergerault