April 10, 2020
Plan de sauvetage européen, la souveraineté en question - Olivier Pichon

Enfin, pourrait-on dire, si nous n’étions pas réservés sur cette Union Européenne qui a failli. Pour toute réponse, en pleine crise, elle se préoccupait de faire entrer** l’Albanie dans l’UE** (75% de musulmans), ou bien encore de signer un traité de libre-échange avec le Vietnam, et de faire condamner, des pays membres, la Pologne ou la Hongrie, pour non-conformité des droits. Un accord au forceps des Européens sur le plan de sauvetage à 500 milliards d’euros a abouti. Il s’agit d’un soutien alors que l’idée d'un plan de relance est également sur la table. « Mais ce sera aux chefs d'État et de gouvernement de s'entendre pour savoir s'il s'agira ou non de dettes mutualisées. » annonce pudiquement le Figaro qui veut ignorer le refus des pays du nord de s’abandonner à la mutualisation des dettes.
De quoi s’agit-il ?
Ce plan représente plus de 500 milliards d'euros et comporte trois éléments principaux : une ligne de crédits de 240 milliards d'euros via le mécanisme européen de stabilité pour les dépenses de santé, 100 milliards d'euros pour les mesures de chômage partiel et un fond de garantie permettant à la Banque européenne d'investissement de prêter jusqu'à 200 milliards aux entreprises. Tout ceci est bel et bon, et l’on ne peut que s’en féliciter pour les bénéficiaires, au premier rang desquels, nos compatriotes en grande difficulté. Mais outre la question de savoir qui, à terme, paiera l’addition, on voit bien que le MES sorti par la porte lors du précédent sommet européen (26 mars) est en train de revenir par la fenêtre au seul usage de l’impératif sanitaire, pour l’instant. « C’est* un grand jour pour la solidarité européenne »*, a déclaré l'Allemand Olaf Scholz quand son homologue français,** Bruno Le Maire**, a souligné que l'accord entre les 27 « marque un jour important pour l’UE ». C’est se féliciter à bon compte. Les pays du Nord de l'Europe restent sur la ligne du précédent sommet, quand l'Italie, qui s'est sentie lâchée par les Vingt-Sept au début de la crise du coronavirus, appelait à davantage de solidarité financière.
Quand Rome ne veut pas subir le sort d’Athènes
Les ministres disent avoir frisé l’échec de la réunion (par télé conférence), il s’en est fallu de peu ! Les deux principaux points de blocages ont finalement été levés dans le non-dit. Les Pays-Bas souhaitaient que les Etats membres ayant recours aux lignes de crédit du MES s'engagent à conduire, une fois la crise passée, des réformes. Le « nord » reprochait au « sud » de ne pas avoir su gérer ses finances publiques et conduit les réformes nécessaires. Il y a du vrai dans la critique mais ce que les eurocrates ne disent pas c’est que la cause fondamentale, congénitale, des difficultés de ces pays reste l’euro, création européenne par excellence, qui au lieu de faire de la convergence provoqua de la divergence.
Bruno Le Maire a beaucoup insisté sur à l’activation du Mécanisme Européen de Stabilité (MES)****. Créé en 2012, ce mécanisme d’assistance en soutenant l’économie de pays en difficulté leur impose *« une stricte conditionnalité […] sous la forme de programme d’ajustement macroéconomique *». On se demande, vu les performances budgétaires de la France, comment le ministre peut ne pas en voir les conséquences pour la France dans une situation plutôt proche du « sud « que du « nord ». A moins de comprendre que, pour lui, la souveraineté de la France est quantité négligeable, paradoxal au moment même ou son président feint de s’y convertir !
Les Pays-Bas souhaitaient que les Etats membres ayant recours aux lignes de crédit du MES s'engagent à conduire, une fois la crise passée, ces ajustement macro-économiques drastiques. Mais là encore, contradiction, puisque la BCE, par le QE, fournit les liquidités qui conduisent à l’impéritie budgétaire et à l’emprunt. Quoiqu’il en soit de ces conditions (ajustement macroéconomiques) Rome ne voulait pas en entendre parler. Cela impliquait une perte de souveraineté et une brèche dans laquelle se seraient engouffré,** Matteo Salvini** en position d’affût face au pouvoir à Rome. L’austérité ainsi imposée, réduction drastique des services publics, diminution des retraites, baisse du niveau de vie, violence sociales consécutives, conduisant à une situation comparable à ce qu’a vécue le Grèce. Dans les conclusions de l'Eurogroupe, aucune condition n'apparaît, courage fuyons ! Tout au plus, est-il précisé que « par la suite, les États membres de la zone euro resteraient déterminés à renforcer les fondamentaux économiques et financiers, conformément aux cadres de coordination et de surveillance économiques et budgétaires de l’UE ». L’effet Salvini en quelque sorte !
**Au centre du problème la souveraineté. **
On le voit bien les pays du nord ne veulent pas de mutualisation des dettes, ce qui est un argument en apparence économique mais, en réalité, relève de la souveraineté budgétaire, de l’autre les états du sud ne veulent pas des conditions draconiennes qu’implique la mutualisation et les conditions qui y sont assorties, au nom la perte de souveraineté qu’elles entraîneraient.
Olivier Pichon