March 18, 2020
Quand le Cygne noir nage sur un lac de pétrole (Présent)

Impertinences
Certes le Covid est le facteur déclenchant, mais il m’a déjà été donné de souligner ici que le marché du pétrole n’est plus pertinent, comme au temps des chocs pétroliers, en matière de rareté dans l’économie mondiale. Il n’y a pas eu de pic pétrolier (« peak oil ») de l’offre mais nous assistons à un fameux « peak oil » de la demande… vers le bas. Cette crise du coronavirus arrive à un moment où l’économie mondiale était déjà languissante. La Chine avait fortement ralenti avant l’épidémie. L’Allemagne était au bord de la récession, comme le Japon, et les prévisions de croissance pour 2020 étaient médiocres.
Les consommateurs (dont les Gilets jaunes) auront obtenu gain de cause par les marchés, un comble ! La baisse du prix des carburants est possible dans les prochaines semaines, sauf coup fourré du gouvernement.
Krach pétrolier : Poutine à la manœuvre
Le krach du marché pétrolier est la conséquence du désaccord entre l’OPEP et la Russie. L’OPEP ne contrôle plus que le tiers de la production mondiale de pétrole à cause notamment de l’essor du pétrole de schiste aux Etats-Unis. Elle avait donc besoin de la Russie pour essayer de recartelliser le marché. Mais la Russie a refusé : pour conserver ses parts de marché, elle préfère concéder une baisse des prix. C’est un désastre pour les pays producteurs. Même l’Arabie Saoudite a besoin d’un baril à 70 dollars au moins. Pour l’Algérie, le prix nécessaire à l’équilibre des comptes est encore plus haut. Ceci ne devrait pas arranger les affaires de l’équipe qui tente de s’y maintenir au pouvoir. Aux USA, le prix d’équilibre se situe autour de 50 dollars (le 9 mars, le pétrole était à 27 dollars le baril !), qui est le coût de production du pétrole de schiste aux Etats-Unis. Ce qui met la planète financière dans un certain embarras car l’extraction de ce pétrole est obtenue au prix d’un fort endettement qui ne devrait pas arranger ladite planète déjà mal en point. Les deux parties seraient obligées de revenir à la table des négociations si le prix continue de s’effondrer. Or la décision de réduction de sa production par l’Arabie Saoudite prendra fin au printemps, elle se remettra à produire plus, on peut en escompter, raisonnablement, une nouvelle baisse du prix. Consommateurs, gardez votre vieille chaudière au fuel, contre toutes les injonctions gouvernementales, et achetez du fuel.
Dernières nouvelles de la planète financière
Quant au krach financier, le catalyseur, c’est le Covid, mais le monde financier a utilisé depuis la crise de 2008 des remèdes qui sont des poisons : couvrir la planète de liquidités. Il fallait que cela s’arrête un jour. Le surgissement du coronavirus joue le rôle du Black Swan, du Cygne noir dont Nassim Nicholas Taleb, ce Libano-Américain, a fait la théorie passionnante dans son ouvrage vendu à 2,5 millions d’exemplaires.
Olivier Pichon pour Présent