Retraites : l'échec des syndicats malgré le soutien de la population
Deux mois et un jour de mobilisation contre la réforme des retraites, le mouvement entamé le 5 décembre aura marqué par sa durée. Il semble aujourd’hui prendre fin et pourrait marquer, avec son échec, un tournant dans le paysage social français.
Une 9ème manifestation, deux mois et un jour après le début de la grève contre la réforme de retraites. Le mouvement initié contre la réforme engagée par La République En Marche aura marqué par sa durée. Elle semble cependant prendre fin. Moins de manifestants dans les rues, des cortèges amoindris et des syndicats qui ont peut-être perdu plus qu’une simple bataille. L’heure paraît plus être au bilan qu’à la lutte.
Retraites : l'échec des syndicats malgré le soutien de la population
En effet, en dépit d’un soutien inédit de la population, qui serait selon certaines études d’opinion encore majoritairement en faveur d’un retrait du projet de loi, l’intersyndicale contestataire composé de la notamment de la CGT et de FO n’a pas su faire plier le gouvernement. Et si l’exécutif a lâché du lest en route, dénaturant complètement sa réforme qui ne donne finalement pas naissance à un régime universel, le président Macron, à la manœuvre, semble avoir gagné car le projet même déformé est maintenu. De plus, La République En Marche a une nouvelle fois bien manœuvré politiquement, coinçant Les Républicains qui n’ont pas su exister dans cette séquence et faisant de la gauche mélenchoniste et cégétiste un ennemi caricatural. Le Rassemblement National, favorable à la retraite à 60 ans, n’a lui pas franchement existé dans ce débat.
A la veille d’un scrutin municipal délicat, le parti présidentiel aura su mobiliser sa base, lui montrant qu’il tient bon devant la grève, ce que n’avait pas su faire les précédents gouvernements. L’intersyndicale, qui ne veut absolument pas du projet, n’entend pas l’améliorer et ne devrait pas participer dans les négociations à venir où la CFDT devrait, elle, peser de toute son influence. D’autres syndicats comme la CFTC et l’UNSA devrait aussi compter dans les tractations à venir.
La réforme passée, difficile de savoir ce qu’il adviendra des syndicats contestataires. En effet, les effectifs de la CGT se réduisent d’années en années et la centrale est même parfois suspectée de faire dans le clientélisme communautaire pour continuer à séduire. La CFDT - premier syndicat de France - semble avoir définitivement consommé sa rupture avec le principe de lutte social. Si la centrale Macron-compatible est aujourd’hui la première en effectif, elle ne connaît cependant pas un développement important du nombre de membres mais bénéficie d’un double facteur. La chute des syndicats très marqués à gauche et la réussite de son entrisme dans les arcanes du pouvoir à l’image de personnalités influentes de l’univers macroniste comme Nicole Notat.
La défaite enregistrée par l’intersyndicale devrait avoir pour effet de décourager une partie des militants mais pourrait aussi pousser certains d’entre eux à des actions plus audacieuse… parallèlement, la gronde sociale ne devrait pas prendre fin avec l’épilogue de cette séquence retraite mais pourrait rejaillir à la faveur de mouvement plus spontané comme celui qui a vu naître les Gilets Jaunes.