November 27, 2019
Sahel : une nation endeuillée et une opération militaire remise en question

Après la mort de 13 militaires en opération contre des djihadistes au Mali, les démonstrations de soutiens se multiplient partout en France. Un drame qui replace au centre de l’actualité l’action contre le terrorisme de l’armée française au Sahel avec l’opération Barkhane, et laisse également la place aux interrogations.
La France endeuillée, l'opération Barkhane remise en question
Avec les 13 militaires disparus lundi, les pertes s’élèvent désormais à 41 morts depuis le début des opérations il y a six ans. Un lourd bilan qui soulève l'épineuse question de la présence militaire française au Sahel. Pour tenter d'y voir plus clair, il faut remonter à l'origine de cette opération aujourd'hui contestée.
En août 2014, Barkhane est lancée et prend le relais de deux autres opérations extérieures : Serval, lancée en janvier 2013 par François Hollande pour arrêter la progression de colonnes djihadistes qui contrôlent le Nord du Mali, et Epervier, lancée en 1986 pour venir en aide au régime tchadien et chargée ensuite de protéger les intérêts français sur place. Une opération militaire de longue haleine avec une zone à couvrir transfrontalière. En effet, la mission s'étend sur cinq pays du désert du Sahel: la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad. Quelques 4 500 militaires sont mobilisés à ces fins. C’est la plus vaste mission française actuelle en opération extérieure.
Malgré ce déploiement massif, l'opération Barkhane est régulièrement critiquée. Tout d'abord, pour ses nombreuses pertes humaines. Sur place, les militaires français doivent faire face à différentes factions terroristes. Regroupés, les djihadistes sont lourdement armés, et les militaires en font les frais. Et si la lutte contre le terrorisme islamiste est une des priorités de l'intervention militaire, la France, qui consacre près de 700 millions d'euros chaque année pour cette mission, est, qui plus est, bien esseulée sur ce front. En effet, la force conjointe du G5 Sahel, créée dans la perspective d'un désengagement progressif de l'armée française, n'a pas eu l'effet escompté.
Malgré cela, la France poursuit son engagement sur le terrain et selon les experts, la mission pourrait encore durer plusieurs années. De quoi faire craindre de nouvelles pertes humaines. Cependant, malgré les interrogations, le premier ministre, Edouard Philippe, a défendu l'intervention française au Sahel.
Des intérêts qui dépassent l’aspect militaire (Areva)
"C'est un très long combat, dont la dimension militaire n'est pas la seule dimension", déclarait Edouard Philippe le 26 novembre à l'Assemblée. Comprendre : des intérêts économiques. Pourtant, selon Bernard Lugan, qui interviendra dans notre JT de ce soir, la France n’a aucun intérêt financier sur place, mais certains Français en ont, et notamment Areva. La multinationale spécialisée dans le nucléaire, où Edouard Philippe officiait en tant que lobbyiste, possède deux mines d’uranium au Niger et le pays frontalier du Mali pèse pour 30 % de l'approvisionnement des centrales nucléaires françaises. Ainsi, il s’agit également d’éviter que le conflit malien s'étende dans ce pays voisin et vienne perturber la production d'uranium. Les enjeux sont donc complexes sur place, et les décisions politiques prises en fonction des intérêts financiers sont comme souvent payées par les opérationnels.
Ce sujet sera abordé lors du**JT de TV Libertés** de ce soir