December 01, 2019
Tristan Azbej : « La chrétienté est la foi la plus persécutée du monde »

Visegrad Post - Entretien avec Tristan Azbej, secrétaire d’État hongrois responsable de l’aide aux chrétiens persécutés et du programme gouvernemental Hungary Helps.
« Nous nous heurtons au fait, passé malheureusement sous silence, que la chrétienté est la foi la plus persécutée du monde ».
En 2016, le gouvernement hongrois a mis en place un secrétariat d’État destiné à venir en aide aux chrétiens persécutés. La motivation de cette mesure unique au monde s’explique principalement par deux facteurs : premièrement, la mise en place d’une stratégie d’exportation de l’aide là où le besoin existe, par opposition à la politique occidentale immigrationniste, et deuxièmement, la mise en pratique de la redéfinition effectuée par Viktor Orbán, le Premier ministre hongrois, du concept de démocratie chrétienne. En 2017, le gouvernement lance le programme Hungary Helps, destiné à porter l’aide du gouvernement hongrois, axé sur trois thématiques principales : aide humanitaire, migration, liberté de culte. En 2018, le parlement valide ce programme et en septembre de la même année, Tristan Azbej devient secrétaire d’État en charge de l’aide aux chrétiens persécutés et du programme Hungary Helps.
Un entretien mené à Budapest, par Ferenc Almássy.
Ferenc Almássy et Tristan Azbej. Photo : Visegrád Post
Ferenc Almássy : Nous vous remercions d’avoir accepté cet entretien. Nos lecteurs sont principalement étrangers et le fait qu’un gouvernement possède un tel secrétariat d’État qui s’occupe clairement et ouvertement des chrétiens surtout est intéressant pour les Occidentaux. Pour les Français, cela peut même être incompréhensible en raison de la laïcité qui existe en France. Dans l’Europe moderne du XXIe siècle, où le laïcisme augmente de plus en plus, comment se fait-il que la Hongrie ait décidé d’avoir un secrétariat d’État expressément chargé des chrétiens persécutés ?
Tristan Azbej : La Hongrie est un pays chrétien et nous sommes un gouvernement chrétien-démocrate. Les Hongrois nous ont confiés trois fois de suite la majorité parlementaire des deux tiers pour représenter ce credo. Nous ne contredisons pas le principe de sécularité car il n’y a pas de religion d’État en Hongrie – contrairement à plusieurs autres pays de l’UE –, le gouvernement ne souhaite pas s’immiscer dans la foi, dans la relation entre l’Homme et Dieu. Les traditions et la société de la Hongrie, toute son identité nationale reposent sur des principes de société et une éthique chrétienne, conjugués d’ailleurs au droit romain et à la philosophie grecque. Quand nous recevons des critiques de la part de ceux qui suivent le principe de laïcité de façon très stricte, nous répondons qu’en Hongrie, l’État et l’Église sont séparés mais pas divisés – la coopération est très forte dans les domaines sociaux. Nous nous heurtons au fait, passé malheureusement sous silence, que la chrétienté est la foi la plus persécutée du monde au même moment où la vague migratoire, en 2015, a rapproché les catastrophes humanitaires des zones de conflit vers notre région. Le gouvernement hongrois a décidé de ne pas garder à l’esprit simplement ses propres réflexions sur la sécurité et ses obligations européennes, mais de s’efforcer de fournir de l’aide pour restabiliser les régions d’émigration. Le secrétariat d’État et le programme d’aide aux chrétiens ont été lancés parce que, d’une part, les chrétiens sont l’une des communautés les plus vulnérables au Proche-Orient et dans la région du Sahel et, d’autre part, parce que nous pensons que le monde occidental aux racines culturelles chrétiennes a une obligation morale importante consistant à s’occuper des chrétiens persécutés ; nous souhaiterions montrer l’exemple à ce sujet.
Ferenc Almássy : Êtes-vous chrétien ?
Tristan Azbej : Oui, je le suis.
Ferenc Almássy : Quelqu’un qui n’est pas chrétien pourrait-il remplir votre fonction ?
Tristan Azbej : L’essence de la démocratie chrétienne n’est pas en premier lieu la foi elle-même mais la protection de la culture chrétienne, l’acceptation des enseignements sociaux chrétiens ou, si vous voulez, de Jésus – la dignité humaine, la protection de la famille, la solidarité envers son prochain, la subsidiarité. La solidarité avec laquelle nous nous tournons vers les chrétiens n’est pas basée sur la foi mais sur l’humain en général, l’humanité.
Ferenc Almássy : Vous avez dit précédemment que l’État hongrois est séculaire mais coopère avec les Églises, du moins avec celles qu’il reconnaît. De quelle manière l’État décide-t-il précisément si une Église chrétienne est acceptable ou non ? En plus des Églises catholique romaine, orthodoxe et réformée, il existe de nombreuses Églises protestantes ou néoprotestantes de taille moins importante. Quelle est votre approche vis-à-vis de ces dernières ?
Tristan Azbej : Soyons clairs : ma mission au sein du gouvernement est d’aider les chrétiens persécutés. Il existe un secrétariat d’État à part pour les affaires et les relations des Églises de Hongrie. En ce qui concerne l’aide aux chrétiens persécutés, notre approche est œcuménique, elle se base sur le fait que ceux qui persécutent les chrétiens ne font pas de différences entre des personnes de confession orthodoxe, catholique ou protestante. Peut-être que dans certains pays où les chrétiens subissent des discriminations, il y a quelques communautés orientales plus anciennes qui sont mieux tolérées, mais elles sont elles aussi souvent reléguées à l’arrière-plan. L’État Islamique, ou Boko Haram, a tué de la même manière des chrétiens pentecôtistes que des orthodoxes, et l’œcuménisme se renforce avec le martyre – les confessions s’unissent dans la persécution, nous ne pouvons pas faire de différences non plus. Nous soutenons autant les orthodoxes de Syrie, ou disons les orthodoxes d’Irak, que les catholiques du Nigéria. L’un de nos derniers projets, annoncé il y a peu, soutient expressément les communautés syriennes protestantes, évangéliques et équivalentes aux réformés.
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