05 juin 2019
À la une de Présent !

Les Insoumis, l’autre débâcle des européennes
Si la plupart des caméras étaient braquées sur la déroute des Républicains, si ces derniers occupent la première place du podium en matière de feuilleton politique, de l’autre côté de l’échiquier politique, la France Insoumise cherche un nouveau souffle.
L’effet Mélenchon est-il épuisé ? La France Insoumise peut-elle se passer de son Grand Timonier ? Ce sont les questions sur lesquelles se penchent les responsables de la France Insoumise. Portés par une grande ferveur populaire pendant les présidentielles, multipliant les saillies, les coups de gueule et faisant preuve d’un véritable charisme de tribun, Mélenchon avait électrisé les foules et avait terminé avec quasiment 20% des voix. Puis, lors des législatives, il fit mieux que le Rassemblement National en faisant entrer pas moins de 17 députés dans l’hémicycle. Un score qui lui permit de constituer un groupe parlementaire et de disposer d’un temps de parole largement supérieur au Rassemblement National.
Alors que les RN, inaudibles en tant que députés non inscrits, étaient réduits au silence, que le PS et les LR se débattaient entre ceux qui voulaient rallier Macron et ceux qui désiraient se maintenir dans l’opposition, LFI s’était peu à peu imposée comme le premier groupe d’opposition au Palais Bourbon, faisant émerger ses talents Adrien Quatennens et François Ruffin pour épauler le mentor.
Et puis arriva la crise des Gilets jaunes, une crise que la droite n’a, comme à son habitude, pas su prévoir. Une crise que les LFI avaient au début su capter en imposant leurs idées et déployant leurs antifas pour délimiter le terrain d’une chasse gardée. Une France Insoumise qui aurait pu profiter de l’effet Juan Branco si elle ne craignait pas autant sa liberté et sa potentielle capacité à éteindre la bougie Mélenchon de son aura naissante.
Une France Insoumise qui a ensuite fait une double erreur fatale pendant cette crise des Gilets jaunes. Tandis que sa frange souverainiste emmenée par des François Cocq et des Djordje Kuzmanovic arpentait les pavés avec ces mêmes Gilets jaunes, la frange indigéniste des Insoumis raflait la mise en poussant les souverainistes vers la sortie. En même temps, Jean-Luc Mélenchon s’exprimait devant les allogènes du 93 en déclarant « vous êtes la nouvelle France ».
C’est cette double erreur qui, six mois plus tard et à une semaine du scrutin, incita le jeune et prometteur conseiller régional Andréa Kotarac, à quitter la France Insoumise pour soutenir la liste de Jordan Bardella.
Autant d’évènements qui poussent aujourd’hui Jean-Luc Mélenchon vers une forme de mise en retrait, sur son blog quelques mots : « Après le 6 juin, je m’exprimerai plus largement, aussi clairement que j’en suis capable. Je dirai mon appréciation du moment politique. Je proposerai une suite pour notre chemin et je dirai ce qu’il en sera pour moi », écrit l’ancien sénateur socialiste. « Je ne déprime pas, je ne pars pas à la retraite. Je suis au combat et j’y resterai jusqu’à mon dernier souffle, si je le peux. »
Un bon moyen pour le leader de compter ses soutiens et s’assurer de la fidélité de ses lieutenants. Car une France Insoumise sans Mélenchon est condamnée à l’implosion (ou à la lente agonie).