12 juin 2019
À la une de Présent !

Drame des Sables-d’Olonne – Un naufrage qui en cache (hélas) un autre
Après l’émouvante marche silencieuse qui a vu plus de 15 000 personnes défiler lundi sur les plages des Sables-d’Olonne en mémoire des trois sauveteurs de la SNSM morts en portant secours à un chalutier pris dans la tempête Miguel (Présent de samedi), c’est Macron qui se rendra ce jeudi dans la cité balnéaire vendéenne, pour y présider un hommage national aux trois marins décédés et leur remettre la Légion d’honneur à titre posthume. Un hommage national amplement mérité par ces hommes, ainsi que par l’ensemble de leurs camarades qui risquent chaque jour leur vie pour sauver les marins en péril. Mais un hommage national dont on aimerait aussi qu’il s’accompagne de mesures fortes pour sauver cette formidable institution aujourd’hui menacée qu’est la SNSM.
Honneur aux gens de mer !
C’est François de Rugy qui, lors de l’hommage rendu mardi par l’Assemblée à la SNSM, a officiellement annoncé que « les honneurs (seraient) rendus par le président de la République à la fois aux sauveteurs qui ont péri mais aussi aux survivants » ainsi qu’aux gens de mer, au Mémorial des Péris en mer, au prieuré Saint-Nicolas, à 11 h 30, lors d’une cérémonie d’hommage national ouverte au public. Une décision immédiatement saluée par le maire des Sables-d’Olonne Yannick Moreau, qui a remercié l’Elysée d’avoir « entendu la demande de la ville et des familles ». « Enfin ! », serait-on tenté d’écrire. Parce que ce n’est pas si souvent que l’Etat honore comme ils le méritent ces marins formés au secourisme qui, chaque jour, au péril de leur vie, et rappelons-le bénévolement, portent secours aux pêcheurs et autres personnes en danger au large de nos côtes. Au cours de la seule année 2017, ceux-ci auront ainsi sauvé plus de 9 000 personnes, sans être distingués plus que cela par les autorités. Et il faut souvent attendre, hélas, un drame comme celui de vendredi dernier, ou encore celui de l’Aber-Wrac’h en 1986, pour que l’Etat veuille bien s’intéresser à ces héros qui ont perdu nombre de leurs camarades depuis la création de la SNSM en 1967.
La SNSM en passe de sombrer
Par ailleurs, on aimerait que cet hommage national ne se limite pas à de vibrants discours ni à des remises de décorations à titre posthume. Car l’avenir de la SNSM est aujourd’hui grandement menacé. En effet, alertait encore mardi son directeur général Marc Sauvagnac, la société, qui fonctionne à 80% grâce aux dons privés, ne reçoit que 6 millions d’euros de la part de l’Etat. Or, ces financements sont largement insuffisants pour assurer son avenir. D’autant que celle-ci doit assurer le plan de formation de ses secouristes et le renouvellement de sa flotte de sauvetage vieillissante. Ce qui, selon Marc Sauvagnac, pourrait « doubler (son) investissement dans les années qui viennent », et entraîner un déficit financier de 4 millions d’euros par an. Et encore, précisait-il, ce problème n’est que « la partie émergée de l’iceberg ». Car c’est tout le modèle du bénévolat, soumis à une très forte pression, qui pourrait être à revoir. Ce n’est pas pour rien que, après le drame des Sables-d’Olonne, le président de la SNSM Xavier de la Gorce a appelé le gouvernement à mettre en œuvre un véritable « Plan Marshall pour le renouvellement de la flotte, en particulier en Bretagne ». Au passage, on soulignera d’ailleurs que le « Jack Morisseau », qui a fait naufrage vendredi, faisait partie de cette génération de vieux canots tous temps qui auraient déjà dû être remplacés depuis longtemps par des moyens plus modernes… Cependant, le coût d’un CTT neuf étant de plus d’un million d’euros, l’équation sur le plan financier est devenue insoluble pour la SNSM.