14 juin 2019
À la une de Présent !

Croire en la presse papier
Le paysage médiatique des quotidiens nationaux d’information générale se caractérise rarement par des informations joyeuses. Licenciements collectifs, procédures de redressement judiciaire, grèves dans les imprimeries et chez le distributeur Prestalis qui est menacé d’un dépôt de bilan.
La Croix, quotidien catholique – comme Présent – annonce, lui, qu’il va améliorer son offre d’information, sur internet, comme toute la presse, mais aussi sur support papier, ce qui est beaucoup plus osé, surtout après l’échec des hebdomadaires *Ebdo *et *Vraiment *l’an dernier.
Il n’existe plus que neuf quotidiens d’information générale et politique*. La Croix *est sans doute celui des neuf qui ressemble le plus à Présent, sur certains plans. Comme *Présent,*il n’est pas la propriété d’un ou plusieurs milliardaires (à la différence du Monde, du Figaro, des Echos, de Libération, de *L’Opinion *ou d’Aujourd’hui-Le Parisien). Et c’est un journal qui, comme Présent, a de vrais lecteurs et ne vit pas à 100 % de subventions d’Etat, ou de syndicats et d’associations elles-mêmes subventionnées, et de publicités de complaisance de grandes entreprises, comme L’Humanité.
Mais entre *La Croix *et Présent, les différences sont énormes, aussi : au second tour des élections présidentielles, *La Croix *a appelé à voter Macron, alors que *Présent *n’a pas caché préférer Marine Le Pen. La Croix, autrefois chrétien progressiste, reste orienté nettement à gauche.
Nous ne sommes pas non plus au même niveau de notoriété, ni au même niveau de diffusion. Si dans les kiosques les deux titres tendent à avoir des volumes de vente assez comparables, le rapport de lectorat entre les deux titres est de 1 à 10.
Il n’empêche que les analyses de la direction de *La Croix *sont transposables à Présent. Pour *La Croix, *la presse papier a un avenir : « Un papier de qualité payé à son juste prix a encore des chances de réussir », expliquait mardi au *Figaro *le patron du groupe qui édite La Croix. Cette réflexion comporte deux informations : 1) le papier, s’il véhicule un contenu de qualité, trouve son public ; 2) ce journal papier doit être vendu à son prix. Jean Madiran ne disait pas autre chose, quand il expliquait – à une époque où *Présent *ne comptait que quatre pages – que ses lecteurs devaient accepter de payer le juste prix de ces quatre pages, ce juste prix étant celui de la liberté.
Le succès de nos hors-séries
*La Croix *reconnaît ne pas avoir assez développé son offre internet. *Présent *ne peut tenir un discours différent, mais les abonnements internet constituent un vrai levier de croissance, même si, malheureusement, *Présent *n’a pas travaillé cette offre sur la période 2005-2015, où tout était possible, dans ce domaine, comme l’ont montré certains sites de la « réinfosphère ».
Enfin *La Croix *annonce le lancement d’un magazine de fin de semaine, couplé avec le quotidien, et a décidé d’affecter 15 journalistes sur les 120 de sa rédaction à ce supplément hebdomadaire. Les spécialistes de la presse le disent : les magazines (L’Obs, L’Express,etc.) sont en perdition, à l’exception de ceux adossés à un quotidien. La rédaction de *Présent *en est consciente, mais l’équipe est trop réduite pour, comme *La *Croix, créer un supplément de fin de semaine ex nihilo. Le succès de nos hors-séries montre pourtant que la marque *Présent *est porteuse dans notre famille politique. Et sur ce point au moins, *La **Croix *donne l’exemple de ce qu’il faudrait faire.