21 juin 2019
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Légalisation du cannabis – Le gouvernement sort l’artillerie lourde
Petite phrase d’Edouard Philippe se disant « ouvert au débat », proposition de loi de députés majoritairement étiquetés LREM, rapport d’économistes proches de Matignon, campagne d’intoxication dans les médias : pour sa grande offensive visant à imposer la légalisation du cannabis, le gouvernement n’aura décidément pas lésiné sur les moyens. Avançant masqué derrière le prétexte du cannabis « thérapeutique », celui qui, par ailleurs, a transformé les fumeurs en véritables vaches à lait au nom de la lutte contre le tabagisme, semble prêt cette fois-ci à aller jusqu’au bout pour satisfaire cette revendication si chère aux yeux de son électorat bobo et soixante-huitard.
Mensonges et cynisme
Mardi, nous apprenions ainsi que des députés emmenés par François-Michel Lambert, élu LREM des Bouches-du-Rhône, avaient déposé une proposition de loi prônant une « légalisation contrôlée » du cannabis, afin d’en finir avec « la politique de forte répression » qui, à leurs yeux, serait « un échec complet ». Estimant (contre l’avis de presque tous les médecins et spécialistes) que le cannabis « peut s’apparenter à de l’alcool ou du tabac sur les enjeux de toxicomanie », ces députés proposent « la constitution d’un monopole pour la production et la vente du cannabis par la création d’une société nationale, la SECA » qui permettrait, croient-ils, « de réguler la production et la vente tout en contrôlant la consommation ». Une vente qui se ferait par les buralistes, serait interdite aux mineurs et dont le produit des taxes pourrait être pour partie « consacré aux politiques de prévention et de réduction des risques ».
Dans la foulée, c’est le Conseil d’analyse économique, groupement d’économistes rattaché à Matignon et dirigé par un proche de Macron, qui, dans un rapport publié jeudi, conseillait lui aussi au Premier ministre de créer un « monopole public de production et de distribution du cannabis », ses auteurs allaient même jusqu’à affirmer lamentablement qu’une « consommation modérée » n’a « pas d’effets nocifs sérieux avérés » sur la santé des adultes ! Mais peut-être pire encore, les membres du CAE, en bons macronistes, semblaient surtout alléchés par un marché qui pourrait s’avérer juteux : en effet, insistent-ils avec cynisme dans leur rapport, « en émettant l’hypothèse d’une consommation annuelle de 500 à 700 tonnes par an, une légalisation pourrait générer des recettes fiscales de 2 à 2,8 milliards d’euros »…
« Le cheval de Troie de la dépénalisation »
Un argument qui n’est évidemment pas négligeable aux yeux du gouvernement, dont le Premier ministre expliquait au début du mois d’avril qu’il serait « absurde » de s’interdire d’étudier les possibilités du cannabis… « thérapeutique ». C’est que, s’il pousse clairement dans le sens d’une légalisation, Philippe a aussi conscience que cette mesure pourrait grandement choquer l’opinion publique. Alors on s’empresse de nous expliquer, comme l’a encore fait mercredi Elisabeth Borne, que l’Etat a toujours été « contre la légalisation à usage ludique ». Sauf que, comme le rappelait très justement dans le FigaroVox le sénateur Alain Houpert, membre de la Commission des finances et médecin-radiologue, la légalisation du cannabis dit « thérapeutique » sera « le cheval de Troie de la dépénalisation ».