31 juillet 2019
À la une de Présent

Où est Steve ? Dans la Loire
Le corps repêché lundi soir dans la Loire est donc bien celui du malheureux Steve Maia Caniço, un jeune homme de 24 ans tombé dans le fleuve à l’aube du 22 juin, à la toute fin de ce qui aurait dû être une fête.
Tout le monde ou presque connaît les albums dessinés de la série *Où est Charlie ? *Le jeune lecteur (6 à 10 ans) de ces albums doit identifier un personnage nommé Charlie, dans les dessins. Les pages sont encombrées d’objets et de personnages pour rendre la recherche plus difficile.
Les « teufers » de la fête de la musique de Nantes ont repris l’idée, après la disparition de Steve, et ont lancé une campagne « Où est Stève ? ». Médiatiquement, l’idée était bonne, puisque la question a été reprise partout. Mais était-ce de bon goût ? Les conditions de sa disparition laissaient supposer un drame, une noyade. Nous en avons aujourd’hui la confirmation.

L’île-de-Nantes ne doit pas être confondue avec la ville de Nantes elle-même. C’est sur cette île, ancien port commercial, qu’on déchargeait notamment les bananes venues du Cameroun, de Côte d’Ivoire, et aussi de Guadeloupe. Depuis 1975, cette île est devenue un quartier de Nantes, reliée par plusieurs ponts, et habité. Les Nantais s’y rendent aussi volontiers pour assister à des spectacles, des concerts, ou pour dîner en famille. Deux énormes grues Titan ont été conservées en témoignage de l’activité industrielle d’autrefois
Mais il s’agit bien d’une île, une île ceinturée par des quais. Parce que les quais étaient faits pour accueillir des bateaux de divers tonnages, il n’y a pas de protections particulières, de rambardes de sécurité, de murets infranchissables. Les quais peuvent se révéler dangereux, et dans des villes comme Bordeaux ou Nantes, chaque année se produisent des noyades, en particulier à l’occasion de bagarres ou de soirées alcoolisées.
Faire évacuer le site
Pour la fête de la musique, un concert était prévu quai Wilson. Ce concert aurait dû s’achever vers 4 heures du matin (heure tacite d’autorisation, soutiennent les organisateurs). Mais les derniers « teufers » (fêtards) ne quittaient pas les lieux. A 4 h 30, après de nombreuses demandes d’interruption de la sono, les policiers ont tenté de faire évacuer le site. Les jeunes gens, globalement très alcoolisés, se sont mis à les bombarder de canettes de bière.
C’est cette bousculade, cet affrontement, qui ont provoqué un mouvement de foule. Quatorze personnes sont alors tombées dans la Loire. Elles ont pu regagner la rive, ou ont été repêchées par un bateau qui patrouillait sur place, précisément en cas de chute. Une seule personne n’a pu être retrouvée : Steve.
La Loire est un fleuve dangereux, le dernier fleuve sauvage. Mais en l’occurrence tomber tout habillé, et sans doute passablement éméché, fait courir un risque mortel. Et c’est un miracle si l’on ne déplore qu’une seule victime.
Dans la phase actuelle de recherche de responsabilité, on ne peut que s’interroger sur les raisons qui ont conduit la municipalité de Nantes à accepter ou tolérer qu’un tel rassemblement soit autorisé à un endroit aussi peu sécurisé. Il y a eu aussi l’incapacité des organisateurs à respecter et faire respecter les règles qui leur avaient été fixées. Il y a eu enfin cette charge de la police, qui faisait courir un risque maximum de panique collective. Et comme dans tout accident, « l’arbre des causes » montre une convergence de fautes, et, à la clé, un drame.