19 décembre 2018
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Négociations police : « 300 euros de prime, ça ne suffit pas »
« il n'y a rien de concret pour l’instant » : au lendemain de leur réunion, mardi soir, avec le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, les trois syndicats de policiers – SGP Police-Fo, alliance police nationale et Unsa Police – qui réclament des mesures budgétaires, le paiement de millions d’heures supplémentaires et de meilleures conditions de travail et de vie, estiment d’un commun accord que « le Premier ministre, le ministre de l’intérieur et le président n’ont pas encore compris ce qu’on leur demandait ».
Face aux réclamations, justifiées, des fonctionnaires de police qui ne peuvent plus se contenter d’une poignée de main et de belles paroles, le ministre de l’intérieur aimerait bien sortir du piège de la fronde qui enfle au sein de la « grande maison ». Mais comment trouver les 275 millions d’euros nécessaires pour régler, entre autres, la question des 23 millions d’heures supplémentaires impayées ? Problème : on ne trouve pas 275 millions d’euros sous les sabots d’un cheval. « Ça nous prendra un peu de temps, on ne trouve pas comme ça en quelques semaines un tel montant », a déclaré Christophe Castaner qui propose aux fonctionnaires de police une prime – du moins pour ceux (environ 111 000 policiers et gendarmes) qui depuis plusieurs semaines sont sur le front des Gilets jaunes – de 300 euros. Problème : on n’achète pas le ras le bol et la colère des policiers avec une poignée d’euros.
Pour Patrice ribeiro (Synergie-officiers), « les policiers se sont sentis exclus des gestes en faveur du pouvoir d’achat ces derniers jours », ce qui n’a fait que renforcer leur frustration. Pour david le Bars (SCPN), « la grogne policière est une crise de sens et de reconnaissance. la police est une institution paupérisée qui subit des missions indues, une politique du chiffre dévastatrice, jusqu’à la vague terroriste qui a figé les choses sans rien régler ». Ça n’est donc pas avec une obole de 300 euros que le gouvernement Macron réglera le solde des heures supplémentaires. d’autant qu’à ce manque de reconnaissance, les familles de policiers, gendarmes et CrS mobilisés depuis plusieurs semaines déplorent la violence subie par leurs proches et dénoncent les « effets d’annonce » du gouvernement.
Résultat, le climat reste tendu. Ce mercredi, à l’appel des syndicats de police, c’est « journée morte » – excepté pour les appels d’urgence – dans les commissariats de France. Ça, c’est « l’acte i » de la colère des forces de l’ordre, ont précisé les syndicats alliance et unité-SGPFo qui, au sortir de la réunion avec le ministre de l’intérieur, ont appelé les policiers « à maintenir la pression ».
Pour Frédéric lagache, numéro deux du syndicat alliance, « la balle est dans le camp de ceux qui nous méprisent ». Pour mettre fin à la colère des policiers, il faudrait envoyer un message clair. Christophe Castaner a beau affirmer que « c’est dans un esprit de dialogue et de confiance mutuelle que nous apporterons des réponses concrètes à nos forces de sécurité », il n’est pas certain que cela suffise à calmer la grogne des policiers. Tellement incertain que Yves Lefebvre, secrétaire général d’unité-SGP-Fo a prévenu que des « actes ii, iii, iV et V », avec « appel à manifester », sont en suspens. Christophe Castaner, Emmanuel Macron et le Premier ministre Edouard Philippe sont désormais au pied du mur. les négociations devaient reprendre ce mercredi.