26 décembre 2018
A la une de Présent !

On penserait que Noël et la Saint-Sylvestre permettraient au gouvernement et aux forces de l’ordre de souffler. Las, les Gilets jaunes ne l’entendent pas de cette oreille. Pour tout dialogue, l’actualité apporte son lot de députés de la majorité renvoyés dans leurs buts par des porte-parole de Gilets jaunes bien décidés à ne pas céder au chantage de la communication.
Castaner aura tenté la peste brune, Griveaux le chantage à l’antisémitisme, rien n’y a fait. France 3 peut bien maquiller leurs pancartes et BFMTV relayer complaisamment les faux chiffres de la Préfecture, la vague jaune ne faiblit pas et ne s’éteint pas.
En Dordogne, l’immense majorité des radars est toujours hors service, et les voitures arborent encore le gilet jaune sur le tableau de bord. Comme un avertissement, cette épée de Damoclès commence tout juste à rayer le pare-brise des voitures de fonction ministérielles.
Comme une confirmation de cette fracture française, les écologistes quant à eux se félicitent du million de signatures obtenues pour lutter contre le changement climatique. Certains se félicitent même que cette mobilisation dépasse celle des Gilets jaunes. Comme s’il fallait opposer écologistes éclairés de Saint-Germain-des-Prés à la France périphérique qui garde les ronds-points. Au fond, ils agissent tous les deux au nom d’un avenir meilleur, à la seule différence que les premiers signent des pétitions pour un vague réchauffement pendant que les derniers affrontent le froid et la bise pour des convictions bien réelles.
Dans le Nord, on célèbre des messes sur les ronds-points, on se retranche et on attend le prochain acte sans dévier d’un iota.
Cet espoir de trêve de Noël a été brisé ce lundi par Christophe Chalançon. Celui qui s’est imposé comme une voix des Gilets jaunes a en effet prédit la guerre civile. Une prophétie qui ne contribuera pas à sortir notre président de son confinement élyséen. Ni les partis politiques de leur marginalisation d’ailleurs. Si les Insoumis et le Rassemblement national n’ont pas souffert de la crise, LR a aggravé le sentiment d’isolement qui l’accable depuis la défaite de Fillon. Du côté de LREM on est passé de la start-up victorieuse à l’atelier de rémouleurs à l’ère du couteau en céramique.
En réalité, le gouvernement paye l’addition de quarante années de destruction systématique des corps intermédiaires, ces corps qualifiés d’obsolètes, ces bénévoles qui sont un manque à gagner, ces travailleurs sociaux, en bref tous ceux qui, non contents d’aider les autres, permettaient au ciment social de tenir le choc et canaliser les colères. Tout ce qui faisait de la France un modèle social est aujourd’hui mort et enterré. Et c’est cet enterrement que va célébrer le gouvernement en demeurant enlisé dans une crise qui n’en est qu’à ses prémices. Le feu couve pour ne pas s’éteindre et il est à craindre (ou espérer, c’est selon) que nous n’en ayons aperçu que les premières flammèches.
N’en déplaise à Monsieur de Rugy, la pétition contre le réchauffement climatique ne refroidira pas les brandons qu’allume en ce moment cette France oubliée.