26 février 2019
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Olivier Pichon : « L’euro, une violence faite aux peuples »
Dans le domaine économique, certains sujets font actuellement débat, y compris au sein même de la droite hors les murs : l’ISF, le maintien ou non de l’euro, l’annulation d’un accord Alstom-Siemens… Nous avons interrogé le professeur Olivier Pichon sur ces différents sujets.
— Faut-il rétablir l’ISF ?
— Non l’ISF était un impôt inquisitorial et punitif, au rendement faible (coûteux dans sa collecte et de faible rapport). Il avait une force symbolique de revanche sur les riches, alors que les très riches peuvent s’y soustraire, il posait des problèmes aux petites et moyennes entreprises, surtout au moment de la succession, et il nuit au patrimoine, surtout dans ses aspects modifiés par Macron, exclusivement immobilier, qui a provoqué une vente des propriétés familiales pour la classe moyenne supérieure. Il venait s’ajouter à la tranche supérieure du barème de l’IR déjà élevé (en 10 ans, l’impôt direct a augmenté de 25%). La vraie question, c’est l’impôt sur les sociétés : peut-on obtenir des entreprises (généralement multinationales) qui font des profits en France qu’elles payent à due proportion de leurs bénéfices dans le pays ? Mais, de ce point de vue, l’Europe n’existe pas puisque les pays se font concurrence sur l’optimisation fiscale.
— Dans le cadre d’un retour à l’Europe des nations, faudra-t-il supprimer l’euro ?
— Oui, l’euro est une violence faite aux peuples, monnaie unique, monnaie inique, le chômage ayant remplacé la dévaluation comme variable d’ajustement. L’histoire démontre que les taux de change fixes sont une mauvaise idée. Une union monétaire ne change pas les équilibres de pouvoir entre nations ; ces équilibres réapparaissent sous une autre forme (chômage, fiscalité, commerce extérieur), voyez l’Allemagne.
Les économies se sont privées de cette formidable variable d’ajustement que constituaient les monnaies nationales par le mécanisme de dévaluation ou de réévaluation selon les performances propres de chaque pays. Jamais la France ou l’Italie n’auraient pu recourir à un tel niveau de dette si elles étaient restées sur leur monnaie nationale, les marchés les auraient sanctionnées sur leur monnaie, l’euro a été une sorte de pousse-au-crime budgétaire.
Ce faisant, tout le monde espérait que le voisin paierait et surtout l’Allemagne. Mais celle-ci, logiquement, s’est dérobée, pourquoi fallait-il que la Poméranie payât pour la Normandie ? Par quoi il se démontre que l’Europe, si elle est une civilisation, n’est pas une nation.
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