09 avril 2019
À la une de Présent

La gauche émiettée et condamnée par l’histoire
Les résultats du dernier sondage sont effroyables pour la gauche : dans ce camp, ils sont six sur la ligne de départ, trois sont réduits à néant (trotskistes, communistes et hamonistes), et trois se disputent 20 % des électeurs (« insoumis », écologistes, socialistes). Non seulement la gauche est émiettée, mais il n’existe plus de parti dominant, de parti de « second tour », de parti de gestion. Après-guerre, ce fut le PC, puis le PS depuis les années soixante-dix. Aujourd’hui il n’y a plus personne. Plus grave encore, ces six partis, ces six listes ne peuvent coexister, ne sont plus en mesure d’établir un programme commun. Et, plus catastrophique que tout, ils réduisent leurs ambitions à des objectifs microscopiques : pour les écolos, c’est l’espoir d’être devant les « insoumis » ; pour les socialistes, c’est de ne pas disparaître dans la trappe des 5 %. Pour Hamon, c’est d’exister encore médiatiquement après le 26 mai. Pour les autres, on ne sait même pas. Que le Parti communiste, en 2019, soit au niveau d’Asselineau ou Lassalle en dit long sur la recomposition du paysage politique.
Aujourd’hui c’est l’histoire qui condamne la gauche. Sur l’Europe, les migrants, le mondialisme, le tout Etat fiscal, elle ne parle plus aux Français, elle ne les fait plus rêver. Elle n’existe plus.

Glucksmann conduit le PS dans le mur. À grande vitesse
Chez les Glucksmann, le doute est une qualité. C’est ce qui sauva André du stalinisme, du maoïsme, du communisme, du socialisme. Il n’est pas si facile de renier les convictions de son milieu, de sa jeunesse. Glucksmann père l’avait fait. Glucksmann fils le fera sans doute bientôt, lui aussi. Son petit stage actuel au Parti socialiste devrait accélérer le processus.
Olivier Faure l’a imposé au PS comme tête de liste. Mais l’homme n’est pas un tribun (on l’a vu lors du débat à 12, sur France 2). L’homme n’est pas non plus un politique. Or le PS est certainement le dernier endroit où peut survivre un chef de file qui « ne parle pas le socialiste couramment », selon la formule d’Olivier Faure. Jeune philosophe ancré à gauche (mais, à son âge, son père avait déjà jeté sa gourme), Glucksmann pensait jouer les fédérateurs en se plaçant au-dessus des courants – précisément parce qu’il n’était pas du sérail. Les militants PS ont certes voté pour lui, mais faute d’autre chose, et l’abstention a été importante.
Tout le monde se souvient du précédent choix de la « base », le choix de la présidentielle de 2017. Le militant a rarement la main heureuse, dans ce parti. Et les caciques socialistes sont bien décidés, eux, à mener la vie dure à un candidat surgi du néant, qui apprend vite, et qui apprend par exemple que passer d’une chaîne de télévision à une autre pour philosopher sur ses œuvres est finalement plus gratifiant que tenter de survivre dans le marigot de la gauche.
Le camp du bien ne doute pas. Jamais
« Je suis un homme qui a des doutes », a avoué Glucksmann devant 500 militants réunis à Toulouse. Grosse impression ! Du coup, c’est le parti tout entier qui doute, et qui doute d’abord de Glucksmann. Ce que Glucksmann fils n’a pas compris, c’est que, depuis près d’un demi-siècle, les socialistes sont réfractaires au doute. Ils dominent les médias, l’enseignement, ils représentent le camp du bien, même quand ce camp accumule les dérapages les plus incroyables (de Battisti à Adama Traoré en passant par l’islamisme ou l’idéologie genrée). Et le camp du bien ne doute pas. Jamais. Douter, relativiser est une faute politique. Or, depuis cinquante ans, la gauche nous dicte ainsi, sur tous les sujets, ce qu’il faut dire, écrire, et même penser. Glucksmann commence à le découvrir. Son profil de douteur va faire fuir les électeurs vers les écolos, qui eux restent fidèles à la théorie du camp du bien face au fascisme, voire vers Hamon, qui symbolise pour sa part le socialisme intégriste, figé dans un discours convenu, normé, et tellement rassurant ! Francis Bergeron pour Présent