L’ancien ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, avait été condamné l’an dernier à quatre ans de prison. Sur ces quatre années, deux l’étaient avec sursis, ce qui réduisait de moitié la peine effective. Mais il restait deux années ferme. En fait la cour d’appel de Bastia a accepté que ces deux ans de prison, fussent accomplis dans sa merveilleuse villa de Corse du Sud. Il sera néanmoins astreint à porter un bracelet électronique, ce qui, vraisemblablement, l’empêchera de fréquenter la piscine municipale d’Ajaccio.
Son avocat avait demandé cet aménagement de peine. Un juge d’Ajaccio l’avait accepté. Le parquet s’y était opposé. La cour d’appel de Bastia a confirmé la décision. De ce fait Cahuzac ne fera pas un seul jour de prison. Il aura simplement la contrainte de passer une sorte de préretraite dans son agréable « résidence principale ». Ses avocats n’ont pas encore trouvé le moyen de lui épargner cette humiliation d’une convocation pour fixation d’un bracelet, indétachable, et d’une signification de ses heures de sortie autorisées…
Sa principale punition, nous expliquent les grandes figures du système, c’est qu’il ne peut plus faire de politique, qu’il est donc privé de ce qui a été sa passion (avec l’argent), pendant 36 ans Mais bien d’autres députés socialistes ont été privés eux aussi de leur mandat, ces derniers temps, et risquent de continuer à l’être, compte tenu de la déroute, voire de l’acte de décès que l’on promet au PS, dans les scrutins à venir. D’une certaine façon, Cahuzac s’est retiré (on l’a retiré !) avant de connaître les amères soirées de défaites électorales.
Reste une question : la prison, la vraie, celle avec des gardiens, des barreaux, des fouilles, quatre par cellule, la douche hebdomadaire, la télé collective, les repas en réfectoire, tout cela, était-ce adapté à un ancien ministre de la République, socialiste, franc-maçon ? Les juges ne le pensent pas.
D’ailleurs la prison n’a pas (ou n’a plus) pour objet de punir, mais de retirer de la collectivité les individus dangereux, le temps qu’ils cessent de l’être, ou qu’ils le soient moins. Et Cahuzac n’offre aucune dangerosité. Il a fraudé, il a été pris, il a payé une amende de 300 000 euros. Il ne fera plus de politique, le souvenir de ses diatribes télévisées contre les fraudeurs du fisc ayant à jamais terni son image. « Exécuter la partie ferme en détention n’aurait pas de sens », avait estimé le juge d’Ajaccio. Pourquoi en effet le priver de piscine, de siestes au soleil, de dîners en famille ou entre amis, d’apéritifs au coin du feu,
Le problème est ailleurs : un ministre tricheur, menteur, fraudeur, voleur, est pris la main dans le sac. Sa seule sanction, c’est de devoir se retirer prématurément sur ses terres corses bénies des dieux ? Quel exemple est ainsi donné à ses collègues en politique ? Pas de sanction réelle – mais uniquement virtuelle – pour un parjure de cette envergure ? La prison a aussi une vertu d’exemplarité, qui, en l’occurrence, n’est pas remplie.
Ne nous étonnons pas non plus si la rue, les Gilets jaunes se laissent aller à des coups de sang que l’on peut juger excessifs, mais qui sont une réaction à ces situations sidérantes. Ne voyons pas la maçonnerie partout, ne tombons pas dans les théories complotistes, mais avouons que certaines décisions poussent à se poser des questions.