24 avril 2019
À la une de Présent

Cette Nathalie Loiseau qui fait peur
Les médias s’en inquiétaient : Nathalie Loiseau, la chef de file des macroniens pour les européennes, semble vissée à ses 22% d’intention de vote. Aucune dynamique ne se dessine en sa faveur, alors même que la gauche est atomisée, et que la droite dite modérée semble incapable de jouer les trouble-fête entre « progressistes » et « populistes ».

Elle ne convainc pas les autres électorats. La découverte de son passé « d’extrême droite » va-t-elle lui ouvrir des perspectives du côté du Rassemblement national ou de Debout la France ? Evidemment non. Ceci pour plusieurs raisons.
D’abord, comme le rappelait Jean-Marie Le Pen en son temps, l’électeur préfère toujours l’original à la copie. Et la soudaine droitisation de Madame Loiseau, par la grâce d’une adhésion de jeunesse au GUD (ou à l’organisation qui lui avait succédé à l’Institut d’Etudes Politiques, l’UED, ce qui signifie Union des Etudiants de Droite) a quelque chose d’artificiel. Darmanin a bien écrit un temps dans un journal royaliste, il n’en est pas moins « progressiste » pour autant. Même chose pour Edouard Philippe, malgré sa très droitiste défense et illustration de l’écrivain Céline dans son livre consacré à la littérature, à la lecture. Et Le Maire, n’a-t-il pas fait un tour du côté de la Manif pour tous, que l’on nous présente aujourd’hui comme un nid de vipères fascistes ?
L’erreur de Madame Loiseau a été dans sa stratégie de communication. Dans un premier temps, face aux « révélations » (sic !), son équipe a crié au montage, au faux document. Acculée par les évidences, la tête de liste LREM a alors prétendu qu’elle ne s’en souvenait plus. Mais peut-on faire confiance à une politicienne qui n’a pas toute sa tête, dont le cerveau serait comme un gruyère ? Réalisant les effets pervers de ce système de défense, Loiseau a retrouvé sa mémoire. Elle explique maintenant qu’à l’époque, elle n’avait pas réalisé qu’il s’agissait d’une liste étudiante vraiment à droite. La liste s’appelait pourtant Union des Etudiants de Droite. Ses colistiers lui semblaient normaux. Parce que quand on est de droite ou d’extrême droite, on se doit de présenter un faciès de brute à front bas ?
Système de défense plus préjudiciable que « l’affaire »
Là aussi le manque de curiosité supposé de la Loiseau de l’époque, sa prétendue innocence politique de jeune étudiante, altèrent son image, la faisant passer pour une bécassine. Loin de la protéger, son système de défense se révèle en fin de compte plus préjudiciable que « l’affaire » elle-même (y avait-il matière à « affaire » ?).
Mediapart, tenu par l’extrême gauche, est un outil à démolir les réputations. Loiseau et ses communicants sont tombés dans le panneau. Au lieu d’assumer les prétendues révélations, les mensonges et les silences gênés se sont accumulés, contribuant à déstabiliser la candidate LREM.
Il est trop tard à présent pour changer de tête de liste, le compte à rebours électoral dicte sa conduite au parti présidentiel. C’est peut-être ce qui sauvera la liste LREM d’un naufrage total : on ne gagne jamais à laisser le camp d’en face faire le ménage dans sa propre organisation. Dupont-Aignan en a fait la douloureuse expérience, avec Emmanuelle Gave. Tous devraient prendre des leçons de l’expérience d’un homme qu’ils admirent pourtant, François Mitterrand : la Francisque ? Bousquet ? France, revue de l’Etat nouveau ? Son cancer ? Sa double vie ? Et alors ? Présent