À qui le tour ? N’écoutez pas les sirènes abstentionnistes (Présent)
Quand ils liront ces lignes, certains de nos lecteurs connaîtront déjà les résultats du premier tour. Pas ceux qui lisent d’abord Présent dans sa version numérique, puisqu’ils auront eu la possibilité de le lire dès ce vendredi vers 13 heures. Pas ceux qui achètent Présent en kiosque – notre quotidien est en effet revenu très largement dans les kiosques, dans le cadre d’une action de presse menée conjointement avec d’autres quotidiens et hebdomadaires d’information politique et générale, ceci jusqu’après les législatives. Pas ceux de nos abonnés qui reçoivent bien le samedi le numéro de daté du samedi. Mais nous n’ignorons pas, hélas, que de nombreux abonnés ne peuvent lire que le lundi la version papier du quotidien, parce qu’il n’y a plus de distribution de courrier le samedi chez eux, ou parce que la poste ne fait plus son travail correctement, et distribue la presse quotidienne comme les envois publicitaires massifs, c’est-à-dire quand elle a le temps. A ces lecteurs-là, cet article arrivera trop tard pour leur faire éventuellement changer d’opinion.
Présent
Mais partons de l’idée que, pour la grande majorité de nos lecteurs qui lisent ces lignes, le vote de premier tour n’a pas encore eu lieu. Le message que veut vous passer une nouvelle fois votre quotidien est celui de l’utilité du vote, en tout cas de ce vote-ci.
A chaque élection, certains de nos lecteurs nous expliquent qu’ils ne voteront pas parce qu’ils sont contre la démocratie et pour le roi, ou parce qu’ils estiment que leur candidat n’a aucune chance. Un argument nouveau nous est parfois donné, cette année : des lecteurs hésitent entre deux des candidats, vous devinez lesquels, et en conséquence ils attendront le second tour pour savoir qui est le mieux placé des candidats patriotes non macronisés. Pire encore, certains nous disent même qu’ils placeront dans l’enveloppe un bulletin Le Pen et un bulletin Zemmour, pour montrer (à qui ? A ceux qui dépouilleront ?) où vont leurs préférences. Mais dans ce cas, autant ne pas aller voter, car voter pour deux candidats à la fois, c’est comme voter blanc ou nul : ces votes-là ne sont pris en compte d’aucune façon.
Toutes ces raisons de ne pas aller voter ou de rendre nul son vote sont respectables, bien entendu, mais elles ne sont pas raisonnables.
Il ne faut bien évidemment pas sacraliser le vote, considérer qu’il constituerait l’épisode le plus sacré de la liturgie démocratique. C’est simplement un moyen d’expression parmi d’autres. Mais si cette expression est massive, elle a forcément une influence sur la suite, quelle que soit l’issue du scrutin.
Chiffrer les marges d’erreur
Les sondages, vous les connaissez, il en sort plusieurs chaque jour, et ceci depuis au moins six mois. Nous avons vu que les sondeurs se trompent souvent, et il n’y a pas de raison pour qu’il n’en soit pas ainsi, cette fois-ci encore. C’est d’ailleurs pourquoi les officines de mesure de l’opinion prennent désormais la précaution de chiffrer des marges d’erreur. Mais les sondages dessinent néanmoins de grandes tendances. Ils nous permettent par exemple d’opérer un tri entre les candidats n’ayant aucune chance de figurer au second tour et les autres.
Les spécialistes comme Jérôme Fourquet nous expliquent que la très forte abstention de ces dernières années a pour origine une « crise de foi républicaine ». Que ceux qui ont la « foi républicaine » – au mauvais sens du terme – s’abstiennent, après tout, cela ne nous fait ni chaud ni froid. C’est même sans doute une bonne chose. Mais il y a les autres. Ces mêmes sondeurs ne nous parlent nullement d’une « crise de foi patriotique », ou d’une « crise de foi française ». Si Macron multiplie les diatribes, les mises en garde contre le nationalisme, contre « l’extrême droite », s’il se retrouve main dans la main avec les socialistes et les communistes, voire avec des élus LR, pour multiplier les gestes symboliques destinés à amalgamer les votes patriotes de dimanche prochain au racisme, à l’antisémitisme, à l’homophobie, au nazisme, et à toutes les « heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire », c’est parce qu’il sent bien que les Français – sans doute une majorité d’entre eux, en tout cas – sont en demande d’autorité, de sécurité, d’identité, de souveraineté, de puissance, en bref de fierté française, et qu’il n’est pas impossible qu’ils recueillent finalement une majorité des voix. Le scrutin de dimanche, celui du 24 avril et ceux des 12 et 19 juin seront autant de tests sur le niveau actuel de cette vague, qu’il sait puissante, exceptionnellement puissante.
C’est bien pourquoi pas une voix ne doit manquer, dans l’urne, de tous les amoureux de la France, dont fait partie la totalité de nos lecteurs et de nos rédacteurs.
Oui, il faut voter. Voter pour Marine Le Pen parce qu’elle semble la mieux placée en vue du second tour. Ou voter pour Eric Zemmour parce qu’il ne fait aucune concession au politiquement correct. Car contrairement à ce que l’on pouvait craindre il y a quelques semaines, le risque de voir Mélenchon se glisser « dans un trou de souris », selon son expression, et se positionner à la seconde place et donc se retrouver au second tour face à Macron, s’est estompé.
Changer la clé de voute du système
Le vote Marine peut être un vote de cœur, mais il est aussi un vote utile car plus Marine sera haute, plus le second tour sera difficile pour Macron. Accentuer la dynamique en faveur de Marine Le Pen peut constituer l’élément déclencheur qui mettrait l’Elysée à la portée du camp national. Et qu’on le veuille ou non, le président de la République constitue la clé de voute du système. Changer la clé de voute, ce sera un tremblement de terre politique, ce sera changer le système.
Le vote Zemmour peut être lui aussi un vote de cœur, et lui aussi un vote utile compte tenu, précisément, de l’absence d’un risque Mélenchon. Les votes Zemmour constituent en effet le vivier naturel des votes de second tour pour Marine Le Pen. Une dynamique pro-Zemmour serait jugée comme un signe supplémentaire en faveur de la droite nationale. Qui plus est, si Eric Zemmour se plaçait avant Valérie Pécresse, nous en aurions enfin fini avec cette droite qui s’exprime si bien pendant les campagnes électorales, mais qui cède toujours aux injonctions de la gauche et de l’extrême gauche, qui a établi un cordon sanitaire pendant des dizaines d’années, quitte à s’allier avec le PC et les socialistes.
« A quoi sert de voter, de me priver de mon week-end à la campagne ? Macron sera réélu. » Ceux qui tiennent ce discours – moins nombreux, ces derniers jours – devraient porter une plus grande attention à la fébrilité qui saisit actuellement l’Elysée, ses conseillers, ses supporters, prêter une oreille très attentive aux petites phrases maladroites du président, à la violence de ses mots, à cette caricaturisation toujours plus forte de ses opposants, et aussi à ses lapsus, qui en disent long sur ce qu’il pense réellement, comme cette condamnation de la légitime défense, qui a constitué une prise de position absolument incroyable, même si elle n’a guère fait de vagues.
« La tentation du pire »
Ecoutons (pour une fois) les prophéties et les inquiétudes de Jacques Attali (Les Echos du 1er avril) : « Pourquoi Marine Le Pen peut gagner » s’interroge longuement le gourou de la gauche caviar des années Mitterrand, Chirac, Sarkozy. Parce qu’on a banalisé l’extrême droite, telle est, en substance, son analyse. Mais « écartons la tentation du pire », supplie-t-il.
Toutefois, pour tous ceux qui pensent que le pire, c’est ce que nous vivons actuellement, et ce que la France a vécu au moins ces dix dernières années, le pire s’appelle précisément Macron.
Vous savez alors ce qu’il vous reste à faire dimanche.