16 janvier 2019
BlaBlaCar: de l'opinion à la délation

Bientôt, on n'osera même plus discuter lors d'un covoiturage.
Dans un message massivement partagé sur Twitter (aimé 20.000 fois), un passager s'est plaint d'avoir voyagé «dans une voiture avec 3 personnes qui veulent que les migrants rentrent chez eux», lors d'un covoiturage en utilisant la plateforme BlaBlaCar.
Le site a indiqué ne pas avoir vocation à prendre position dans les débats politiques mais dit intervenir en cas d'agression verbale ou physique.
https://twitter.com/BlaBlaCar_FR/status/1084367535154307072
Un appel à la délation des "anti-migrants"
Plusieurs utilisateurs se sont néanmoins indignés de ce débat: «Vous appelez à la délation de personnes étant contre l'immigration. C'est très clair. Ne comptez pas sur moi pour utiliser vos services. Mais comptez sur moi pour vous faire de la pub» explique un internaute en colère.
«C'est quoi l'idée? Dénoncer des utilisateurs qui pensent que même la tolérance doit avoir des limites? Le covoiturage ne se limite pas aux zadistes à smartphones», affirme un autre utilisateur de la plateforme de covoiturage.
Contacté par Le Figaro, BlaBlaCar affirme «défendre la liberté d'opinion» et indique «ne pas avoir vocation à prendre position dans les débats politiques». Selon eux : «Il est possible de discuter de n'importe quel sujet durant un trajet et notre rôle n'est pas de dire quels propos sont bons ou pas». «S'il y a des divergences dans les échanges, nous ne pouvons pas aller plus loin», précise l'entreprise. Ce qui semble être le cas dans cette affaire où des passagers voulaient «que les migrants rentrent chez eux».
Le site de covoiturage explique néanmoins qu'il «sanctionne les comportements qui portent atteinte aux personnes» (insultes racistes ou homophobes ou physique).
Du côté de la loi, «La loi pose des limites à la liberté d'expression: les propos hostiles aux migrants sont interdits par la loi dès lors qu'ils sont diffamatoires ou injurieux», précise A.-M. Braun, avocat pénaliste. «il faut qu'il y ait un dépôt de plainte ou un signalement afin que le Parquet ait connaissance des faits (...) La personne à qui on impute les propos pourra alors être interrogée mais encore faut-il qu'ils soient démontrés», conclut l'avocat.