14 avril 2020
Cap sur l'Asie du sud-est : Brunei - Olivier Frèrejacques

**Brunei : une monarchie absolument épargnée ? **
Peu connu, très riche, petit tout en étant le plus grand micro-Etat du monde, Brunei est un pays pour le moins étonnant. Avec moins d’un demi-million d’âmes, une indépendance tardive et un PIB par habitant parmi les plus élevés du monde, Brunei est situé sur l’île de Bornéo qu’il partage avec la Malaisie et l’Indonésie.
Dans sa forme longue, le pays se nomme « Negra Brunei Darussalam », du malais qui signifie « *demeure de la paix *». La capitale du pays est Bandar Seri Begawan.
Complètement enclavé dans l’Etat malaisien de Sarawak, Brunei est une monarchie absolue de droit divin dont le sultan est Hassanal Bolkiah et cela depuis 1967 ! Un chef politique et religieux qui demeure l’un des hommes les plus riches du monde, avec une fortune estimée à plusieurs dizaines de milliards de dollars.
Ce dernier est le premier chef d’Etat de la région à avoir instauré la charia (en 2013). Cette loi pénale islamique s’applique aux seuls musulmans soit plus de 70 % de la population. Chrétiens bouddhistes et animistes n’y sont donc pas soumis.
Historiquement un grand port de commerce, le royaume est vieux de plus de 1000 ans. Il est un acteur ancien des relations qui lient les pays d’Asie et des traces de rapports commerciaux - notamment avec la Chine et l’Inde - antérieures à l’an mil témoignent de cette histoire pluri-séculaire. Membre de l’ASEAN et du Commonwealth depuis son indépendance de la couronne britannique en 1984, le pays est marqué par une triple identité : islamique, malaisienne et monarchique. La langue parlée est le Melayu Brunei, une langue austronésienne parlée également dans l’Etat de Sabah (Malaisie).
Avec un demi-million d’habitants, le pays a vu sa population multipliée par dix en un demi-siècle. Classé dans la liste des paradis fiscaux par la France en 2014, le pays s’enrichit essentiellement grâce aux hydrocarbures. Disposant d’une vaste jungle (les trois quarts du territoire), Brunei n’a, contrairement à ses voisins, jamais développé d’activités d’exploitation. Le pays se classe dans les 10 premiers Etat du monde en matière de PIB par habitant. Une petite partie de la population vivrait néanmoins dans la pauvreté.
**Covid-19 : un mort seulement **
Officiellement, le pays a connu un seul décès, fin mars, du Covid19 pour une bonne centaine de cas recensés. Si Brunei entretient des relations commerciales assidues avec la Chine, les Etats-Unis, le pays n’est pas franchement un lieu de passage incontournable ni une destination touristique prisée, ce qui peut expliquer une très faible propagation. Une batterie de mesures a été mise en place à compter du 15 mars. On y retrouve le contrôle des arrivants sur le territoire, une période d’isolement dans des centres spéciaux pour les ressortissants et voyageurs en provenance ou ayant transité par certaines régions de Chine, d’Iran ou d’Italie. Les autres voyageurs brunéiens passés par l’Union Européenne ou la Chine Continentale et la Corée du sud devront s’isoler à domicile.
Parmi les 136 cas décelés, 106 se seraient remis, mais plusieurs cas de patients rétablis ont développé une seconde fois des symptômes et ont donc été mis à nouveau à l’isolement. Une dizaine de milliers de tests a été effectuée, et près de 2 500 personnes sont déjà sorties de quarantaine, une centaine seulement étant encore à l’isolement.
L’Etat brunéien a équipé le pays en** infrastructures médicales** et assure la gratuité des services médicaux… Une action politique du sultan qui s’avère aujourd’hui bien utile.
Plus grave que l’épidémie : la chute du cours du pétrole
Pour les pays dont les hydrocarbures sont un moteur essentiel, la crise sanitaire n’est qu’un prélude à une très grave crise économique. Dans des grands pays comme l’Algérie, cela pourrait avoir des conséquences politiques graves ; pour des petits Etats comme le Brunei, les risques sont plus faibles. Politiquement peu dangereux, le Coronavirus devrait cependant marquer un coup d’arrêt économique violent dans le pays qui n’a pour ainsi dire développé aucune autre activité que la production de pétrole brut et de gaz naturel, deux activités regroupant la moitié du PIB…
Les réserves financières de l’Etat demeurent cependant assez confortables et si le pays devait entrer dans une grave crise, ce serait très probablement après les autres pays membres de l’ASEAN.
Cap sur l’Asie du Sud-est, c’est fini
C’est avec le sultanat de Brunei que se termine notre tour en Asie du Sud-est dans les Etats membres de l’ASEAN. Les conséquences de l’épidémie de Coronavirus y sont aussi diverses que ces pays sont différents. Avec des populations catholiques, musulmanes, bouddhistes, des systèmes de type communistes, capitalistes, hybrides et qu’ils s’agissent de démocraties modernes ou de régimes autocratiques, les pays d’Asie du Sud-est apparaissent paradoxalement (proximité avec la Chine) moins touchés que l’Europe occidentale et les Etats-Unis. Une partie d’entre eux, comme le Vietnam, bénéficient d’une expertise en la matière quand d’autres sont moins exposés pour tout ou partie de leur territoire aux passages d’étrangers.
Si certains Etats ont probablement maquillé les chiffres de l’épidémie, on ne peut pas dire que ce genre de pratiques soit spécifique à cette région du monde.
TV Libertés continuera de vous informer sur l’évolution de la crise sanitaire dans ces Etats dans son journal d’information quotidien et dans des articles publiés sur l’Actualité en continue.
Olivier Frèrejacques

